(Extraits du Bulletin Municipal N°13 de décembre 1988)

Il faut profiter de la mémoire des plus anciens Sannervillais pour fixer le souvenir des 50 dernières années.

D’après la brochure «Notre Sannerville» éditée en janvier 1945, dans le but de faire connaître notre commune aux différentes autorités susceptible de l’aider après les destructions subies, il existait avant guerre, en ce qui concerne le commerce et l’artisanat :

- 4 épiciers

- 2 boulangers

- 1 boucher

- 1 charcutier

- 1 couturière

- 1 coiffeur

- 1 coiffeuse

- 1 grainetier

- 1 charron maréchal-ferrant

- 1 charpentier

- 1 peintre

- 1 menuisier

- 2 artisans mécaniciens

L’auteur de cet article se souvient fort bien de la couturière, Mme LEMORE qui pendant l’occupation allemande lui taillait des culottes et des chemises dans des pièces de tissu récupérées par ses parents. Mme LEMORE assurait en outre la formation d’apprenties.

M Adrien Philippe, le charron en 1947Un souvenir également du charron, M. PHILIPPE, décédé récemment, et de l’un des artisans mécaniciens, M. Amédée HUET, chez lequel son père pendant cette période d’occupation apportait des pièces de machines de la tuilerie à faire souder et réparer, sans compter la vieille camionnette Renault au gazogène, qui par ces temps difficiles était une cliente assidue de ce garage.

Pour l’industrie, il existait, à l’angle de l’actuelle rue de la Forge et la route de Colombelles, en face de l’ancienne gare, l’usine ROLLIN-DUPRE qui assurait le «créosotage» de poteaux électriques en bois et de traverses de chemin de fer, et employait une quinzaine de personnes. Les ruines de cette usine démolie en juin 44 étaient encore visibles dans les années 53.

Le pays étant construit au pied d’une butte argileuse, l’industrie de la terre cuite a existé depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à l’année 82.

TROIS PERIODES NOUS SONT CONNUES

1ère période : débute à l’époque gallo-romaine puisque, des morceaux de tuiles romaines, l’imprex et la tégula ont été trouvés lors de fouilles archéologiques effectuées de 1970 à 1980, face au hameau de «Lirose». Elles ont été très vraisemblablement fabriquées sur place.

2ème période : Au 19ème siècle au lieu dit «La Tuilerie», à gauche, avant le pont de l’autoroute, en direction de Troarn, il existait une fabrique artisanale de tuiles qui employait quelques personnes et qui a cessé son activité dans les années 30 ; vous pouvez voir les restes d’un ancien four et l’emplacement de l’ancienne carrière.

La tuilerie route de Troarn

 

3ème période : En 1879, un artisan M. FOUCAULT a créé avec quelques ouvriers une fabrique de tuiles et de briques au lieu dit «Le Maizeret» ; sous la cour de l’ancienne tuilerie subsistent les fondations du 1er four.

La tuilerie du Maizeret avant-guerre

Ensuite, juste avant la guerre de 14-18, c’est M. COURTADON, qui a racheté l’affaire en la faisant passer du stade artisanal au stade industriel, notamment par la construction d’un four «à feu continu» qui n’a été détruit qu’en 1984, et la mise en place d’une machine à vapeur que l’auteur se souvient d’avoir vue.

La tuilerie du MaizeretEnfin M. COURTADON a cédé la tuilerie en 1934. De cette période jusqu’aux années 69, l’usine employait une quinzaine de personnes, pour à partir de cette date fournir un emploi à une soixantaine de salariés.

En 1944, elle a été détruite presqu’entièrement, reconstruite et modernisée au fil des temps et arrêtée en 82.

Le four dont il est question a rendu de grands services en abritant pendant les 15 premiers jours du débarquement, les habitants du hameau du Maizeret.

La voûte du four avait été consolidée par des étais et protégée par des planchers du bâtiment qui l’abritaient et a résisté au bombardement.

Tuilerie du Maizeret

La tuilerie du Maizeret après guerre

Dès le 6 juin 1944, la plaine au nord-est du hameau de Lirose est investie par les parachutistes et voit l’avancée des premiers artilleurs Écossais.

Le 23 juin, sur ordre de l’état major allemand, la partie nord du village (la rue de l’église) doit être évacuée en deçà de la voie ferrée. C’est une suite de canonnades, d’attaques et de contre-attaques jusqu’à l’évacuation générale ordonnée le 13 juillet par les soldats allemands et c’est le début de l’exode pour les familles qui doivent tout quitter.

Pour libérer la rive droite de l’Orne et étendre le front, l’opération Goodwood est déclenchée. Nous sommes le 18 juillet, il est 6 h 15 du matin. 234 bombardiers alliés, Halifax et Lancaster, déversent 1217 tonnes de bombes sur Sannerville. La commune, dévastée, est transformée en paysage lunaire.

Le 19 juillet 1944, un char sherman patrouille devant le château de Banneville

Il ne reste plus rien ou presque des 133 habitations du village. Et pourtant la bataille n’est pas terminée. Sur les collines du Maizeret, les combats continuent.

L’ennemi ne lâchera prise définitivement devant la 4th Special Service Brigade que le 17 août.

Après la libération complète de la France, la commune de Sannerville est citée à l’ordre du Régiment : “Village anéanti au cours de la bataille de Caen. A supporté avec stoïcisme les plus rudes coups du sort. S’est remis au travail avec courage et ardeur pour revivre”.

La commune de Sannerville est détentrice de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de bronze.

(source)

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L’association « Libération de Sannerville 1944-2004 » a été créée en mai 2003 pour mettre en place les manifestations prévues à Sannerville à l’occasion du 60ème anniversaire du débarquement des forces alliées et de la libération.

Visitez le site Internet de l’association et découvrez la vie à Sannerville pendant la seconde Guerre Mondiale.

A l’entrée de l’église, une plaque commémorative, posée en 1912, honore la mémoire des soldats de la paroisse morts sous les drapeaux.

Plaque commémorative 1870

La guerre franco-allemande (19 juillet 1870 - 28 janvier 1871) opposa le Second Empire français et les royaumes allemands unis derrière le royaume de Prusse (aussi est-elle parfois appelée guerre franco-prussienne). Le conflit marqua le point culminant de la tension entre les deux puissances, résultant de la volonté prussienne de dominer toute l’Allemagne, qui n’était alors qu’une fédération d’États quasi-indépendants.

La défaite entraîna la chute de l’Empire français.

(source Wikipédia)

nov 07 11
Les vignobles

Extrait de l’ouvrage “Nouveaux essais historiques sur la ville de Caen et son arrondissement”
Auteur : Abbé Gervais de La Rue
Publication  : Caen : Mancel, 1842. Vol. 1, 320 pages

RECHERCHES SUR L’ORIGINE DE L’USAGE DU VIN ET DU CIDRE, A CAEN ET DANS LES ENVIRONS DE CETTE VILLE.

 

     L’objet de ce travail, dit le rapporteur, n’est point un Traité sur le Vin et le Cidre, comme quelques autres ouvrages avec lesquels on pourrait le confondre, mais une histoire de la Vigne et du Pommier dans notre pays.

     Sur ce qui regarde la Vigne, les monuments recueillis par l’auteur ne remontent pas au-delà du XIe siècle, quoiqu’il soit certain que la culture de cet arbuste, abandonnée à la fin du Ier siècle de l’ère vulgaire par suite des ordres de l’Empereur Domitien, a été reprise dès la fin du IIIe ; parce que l’histoire fournit à peine, pour cet intervalle, quelques témoignages vagues relatifs à nos contrées.

     Mais on voit qu’en 1026 le Duc Richard III, épousant Adèle de France, lui gagea douaire sur plusieurs de ses domaines dans la Basse Normandie, et entre autres sur la ville de Caen, sur ses vignes, ses prairies, etc.

     Et outre le Duc de Normandie, plusieurs particuliers possédaient des vignobles dans nos environs, ainsi que l’atteste un grand nombre de chartes citées par l’auteur.

     Il y avait de ces vignobles à Fontenay, à Allemagne, sur les côteaux de Mondeville, à Hérouville, aux côteaux du Moulin-au-Roi, et à ceux qu’on longe pour aller aux hameaux de Couvrechef et de la Folie, à Calli, à Venoix, à Carpiquet, qui en était tout couvert, et dont l’abbesse de Caen possédait une partie, avec la dîme du reste, et un droit sur ses vassaux, pour le charriage de ses vins, appelé vinagium dans les actes de cette époque.

     Il y avait aussi des vignobles à Beuville, à Ranville, à Bavent, sur les côteaux de Troarn, de Janville, de Saint-Pair et de Sannerville ; dans la seigneurie du Ham, à Dives, à Livet près Lisieux, à Canon, à Ecots, à Mézidon, à Bray-la-Campagne ; enfin à Cesny et Oisy, appelés encore aujourd’hui Cesny-aux-Vignes et Oisy-aux-Vignes, et surtout à Argences, où il en subsiste encore, à Moult, à Bellengreville, à Airan, à Soulengy près Falaise et à Mondrainville.

     Il est à remarquer que, dans le XVe siècle, le vin d’Argences était réputé de très-bonne qualité, et se vendait plus cher que le vin français ; que la commune de Moult, jadis toute plantée en vignobles, ainsi que celle d’Argences, produisait aussi des vins très-renommés, et qu’on distinguait par le nom des quartiers où ils croissaient ; et que ceux d’Airan avaient encore plus de réputation, surtout pour certains cantons.

     Quoi qu’il en soit, nos anciens vignobles étant insuffisants pour la consommation de notre pays, les supposât-on doubles, et même triples de ce qu’on en connaît par les titres subsistants, la bière était toujours la boisson ordinaire dans nos contrées, comme elle l’avait été pour les Celtes, nos ancêtres ; et c’est ce qui résulte encore des citations faites par M. De La Rue.

     Quant au cidre (Sicera) nom par lequel les Hébreux entendaient toute liqueur enivrante autre que le vin, M. De La Rue admet, suivant l’opinion de Huet, que son usage nous est venu de l’Espagne, qui l’avait pris de l’Afrique, où il était très-ancien. Pour en fixer l’origine dans nos contrées, il rapporte plusieurs faits, et les appuie de raisonnements qui paraissent établir que le cidre fut connu parmi nous dès le commencement du XIe siècle, et conséquemment avant les Croisades ; que les premiers pommiers qui le fournirent n’étaient point greffés ; que cet arbre ne fut cultivé d’abord que par les soins des grands seigneurs de la province, mais que dès le XIIIe siècle, cette culture avait déjà fait des progrès considérables, surtout dans le pays d’Auge : ce qui n’empêche pas que l’usage de la bière ne se soit soutenu concurremment avec celui du cidre jusque dans le XVe siècle, époque où les pressoirs encore presqu’inconnus dans les campagnes, ne se trouvaient guères que dans les villes, où il fallait aller vendre les pommes.

     C’est aux habitants du pays d’Auge que l’auteur du mémoire croit devoir attribuer les premières plantations du pommier, qui dut aussi être cultivé de bonne heure dans le Cotentin et dans le Bessin.

     Pour ce qui est des premières espèces connues, les anciens actes parlent de la pomme Richard et de la pomme de Jacob d’Angleterre, qu’on ne trouve point dans les nomenclatures modernes, de celle de Menuet et de celle d’Ozane. Il en est plusieurs qui portent le nom des communes ou des particuliers qui les ont d’abord cultivées.

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Nous avons pensé qu’il était intéressant de rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont dirigé la commune de Sannerville au cours du vingtième siècle :

C’est Monsieur Sabine qui exploitait alors une tuilerie sur la route de Troarn qui fut le dernier maire du dix neuvième siècle de la commune de Sannerville.

Il fut alors remplacé par un habitant de Lirose, Monsieur Vaubaillon, qui avait été à ses côtés comme conseiller Municipal. Ce dernier effectua deux mandats et occupa le poste de premier magistrat de la commune de 1900 à 1912.

C’est un agriculteur, Monsieur Albert Langevin, qui le remplaça. Il effectua comme son prédécesseur deux mandats, ce qui nous amène en 1924.

Cette année là, Monsieur Lechevalier, qui était menuisier dans le bourg de Sannerville, fut choisi pour diriger la commune, ce qu’il fit pendant cinq ans.

En 1929, Monsieur Arthur Betton, garagiste sur la route de Rouen, lui succéda jusqu’en 1938.

Monsieur Louis Huet prit la suite et eut la lourde charge de diriger la commune pendant la deuxième guerre mondiale. Il était agriculteur sur la route de Rouen. Il vécut le drame que nous avons relaté dans un autre chapitre.

En 1945, Monsieur Raymond Quignette prit le relais.

C’est à lui qu’incomba le problème de reloger la population de la commune, de remettre en place les services publics et de régler les nombreux problèmes que vivaient ses administrés. Il travaillait à la Société Métallurgique de Normandie à Mondeville et son épouse fut l’institutrice bien connue des anciens sannervillais.

Son mandat fut de courte durée et en 1947, Monsieur Lucien Fouques, qui avait été fait prisonnier par les allemands, le remplaça à la tête de la commune ; c’est à ce dernier qu’incomba la charge de la reconstruction de la commune. Il y resta jusqu’en 1953.

Il eut comme successeur Monsieur Fernand Forest qui était boucher dans le bourg de la commune. Monsieur Forest resta à ce poste pendant vingt quatre années.

En 1977, il fut alors remplacé par Madame Las qui était institutrice à Sannerville depuis 1945.

Cette dernière remplit deux mandats.

Elle laissa la place en 1989 à Monsieur Christian Piélot, toujours maire de la commune en ce début de vingt et unième siècle.

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La mairie et la poste après guerre

 

 

Le groupe scolaire

Le cimetière britannique de Banneville la Campagne est situé à la sortie du village en direction de Caen.
Il comprend 2175 tombes, où sont ensevelis 2150 Britanniques, 11 Canadiens, 5 Australiens, 2 Néo-Zélandais, 5 Polonais et 2 soldats non identifiés.

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Le village de Sannerville a été entièrement détruit pendant le débarquement des Forces Alliées en 1944.

oct 07 29
Les fermes

Les fermes de Sannerville au cours du 20ème siècle

Ces fermes faisaient vivre une vingtaine de personnes toute l’année. En saison, on avait recours à des saisonniers ou tâcherons pour effectuer entre autre, la fenaison, la moisson, le «démariage» et l’arrachage des betteraves, l’arrachage des pommes de terre, la récolte des pommes et le travail du bois. Pour tous ces travaux, les fermes avaient leurs habitués qui revenaient régulièrement le personnel de la Société Métallurgique de Normandie qui travaillait en équipe en faisait partie. En pleine saison, lorsqu’il manquait des bras à Sannerville, les fermiers se rendaient alors au bureau de placement de la rue Pémagnie à Caen pour compléter les effectifs.

Les horaires pratiqués n’avaient rien à voir avec ce que nous connaissons maintenant : pendant la moisson les journées commençaient à cinq heures du matin pour se terminer à vingt deux heures avec une heure ou une heure et demie pour le déjeuner du midi et sans repos hebdomadaire. Les autres mois de l’année, les horaires étaient en général de six heures du matin à dix neuf heures le soir avec le dimanche en congé. Ce jour là, les hommes en profitaient pour travailler dans leur jardin et faire du bois. Une coutume de cette époque qui a disparu : les fermiers vendaient des arbres morts que les acquéreurs devaient ensuite débiter, c’était souvent l’occupation du dimanche!

Les ouvriers agricoles étaient nourris par leur employeur: quelquefois bien, quelquefois moins bien, cela dépendait des maisons. Chacune avait sa réputation en l’occurrence: bonne ou mauvaise, selon le cas.

Les salaires n’étaient pas élevés, rien à voir avec les salaires pratiqués à l’usine; les ouvriers de la Métallurgie faisaient la différence mais appréciaient: néanmoins ce complément de revenu. Les saisonniers, pour la plupart, étaient payés à la tâche et pour gagner correctement sa vie, il fallait beaucoup travailler.

La vie était difficile pour tous ces paysans qui devaient énormément travailler pour gagner leur vie ; néanmoins, ils retiraient beaucoup de satisfactions de ce travail, vivant très près de leurs animaux et de la nature. Malheureusement, la folie des hommes allait changer le cours des choses: la guerre de 1940 devait bouleverser la vie de la plupart de ces familles. En 1944, toute la population de Sannerville connût l’exode et le retour fut douloureux. : les exploitations avaient disparus, les animaux qui avaient eux aussi connu l’exode étaient pour la plupart décimés, certains champs étaient minés et dangereux. Tout était à reconstruire.

Seulement quelques fermes purent reprendre et avec beaucoup de difficultés leur exploitation. Après les hostilités, les deux tiers des fermes cessèrent leur activité. On retrouve seulement les fermes : Bosquet, Fouques, Hébert, Joly, Méhedin - Léon et Sourdin. En l’an 2000, il ne reste plus qu’une petite ferme, les autres se sont éteintes au cours des cinquante dernières années. Les terres ont été louées, d’autres ont été vendues comme terrain à bâtir et les habitations fermières sont devenues des maisons d’habitation avec un petit coin de jardin.

Avant la deuxième guerre mondiale, la vie de nos paysans était presque comparable à celle des siècles précédents: certes, le matériel s’était un peu amélioré mais toutes les tâches se faisaient encore à la main et demandaient beaucoup de temps et beaucoup d’énergie; les journées de travail, surtout l’été, étaient longues et épuisantes; en période de canicule, les hommes étaient exténués de fatigue.

Malgré tout cela, pour les anciens qui ont vécu cette période, le souvenir qui reste en mémoire et qui prédomine est la convivialité qui existait entre eux. Tous ces gens étaient tributaires du temps et avaient bien compris qu’ils devaient s’entraider: c’était naturel, aiment-ils préciser. L’entraide faisait partie du quotidien: pas question de laisser un voisin dans l’embarras, si l’on pouvait lui venir en aide.

Ces commentaires ont débouché tout naturellement sur la vie actuelle, en ce début de vingt et unième siècle. Le constat de nos anciens: pourquoi sommes-nous devenus aussi individualistes et indifférents aux autres? Bien sûr, nous n’avons pas eu de réponse et cela a suscité en nous une réflexion qui a débouché en interrogation: peut être que la télévision et Internet nous ont rendus plus curieux sur ce qui se passe au bout du monde et moins intéressés par nos proches. Une ancienne a illustré cette constatation en racontant qu’il lui arrivait de partir à l’école de Sannerville, alors qu’elle était petite fille dans les années 1930, avec un ou deux pots de confiture, pour donner à telle ou telle personne qui était seule, malade ou seulement pour faire plaisir. Certes, en ce nouveau millénaire, nous connaissons tous des personnes très généreuses mais la tendance générale ne serait-elle pas au repli sur soi ?

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oct 07 29
Les châteaux

Les châteaux de Sannerville

Avant la deuxième guerre mondiale, Sannerville comptait quatre châteaux et manoirs. Au début de ce vingt et unième siècle, il n’en reste que deux, dont le château situé au numéro 15 de la rue Pasteur, dans le quartier de l’église.

Le Château Cassigneul

Avant la deuxième guerre mondiale, ce château était appelé «Château Cassigneul». Il fut en effet acheté dans les années 1920 par Monsieur et Madame Cassigneul qui avaient choisi cet endroit pour se retirer après avoir exploité une ferme à Banneville.

Ce château comprenait également une petite ferme et quelques bâtiments ainsi qu’une vingtaine d’hectares en herbages qui permettaient d’entretenir cinq à six vaches. Monsieur Cassigneul choisit alors comme fermier son neveu Monsieur Fouques et lorsque ce dernier partit à la guerre, son épouse continua l’exploitation avec son fils. Cette ferme fut complètement détruite pendant les bombardements de l’été 1944.

Le château était très vaste et permit à Monsieur et Madame Cassigneul d’accueillir chez eux leurs enfants Monsieur et Madame Bouquet. La vie était très agréable dans cette belle propriété. Malheureusement, les événements changèrent le cours des choses: cette demeure fut d’abord réquisitionnée en partie par les allemands ; les propriétaires purent rester dans leur maison mais durent se mettre alors à l’étroit. La cohabitation n’était pas très agréable mais les propriétaires pouvaient encore profiter de leur propriété. Au mois de juillet 1944, comme toute la population de Sannerville, les familles Cassigneul-Bouquet partirent en exode dans les environs de Lisieux. Lorsqu’ils revinrent, ils découvrirent avec tristesse que leur demeure avait beaucoup souffert et qu’elle était inhabitable.

C’est seulement dans les années 1950 qu’ils purent revenir l’habiter.

Le “château Cassigneul” après guerre

Après le décès de Monsieur et Madame Cassigneul, leurs enfants, Monsieur et Madame Bouquet leur succédèrent. Ils y restèrent jusqu’à la fin de leur vie. Après leur mort, dans les années 1980, le château fut vendu.

Après soixante années, ce château a donc changé de propriétaires. Les sannervillais ne l’appellent plus le château Cassigneul.

Le manoir de Lirose

Sannerville comptait également un très joli manoir implanté au hameau de Lirose, hameau qui fut une commune à part entière jusqu’en 1828, année au cours de laquelle elle fut rattachée à Sannerville.

Ce manoir a beaucoup souffert au moment du débarquement mais heureusement pour nous tous, il a été restauré et quelques années après la guerre, les sannervillais purent à nouveau admirer leur patrimoine local.

Ce manoir avait été acheté dans les années 1920 par la famille Ayquem. Monsieur Ayquem était un important industriel qui travaillait dans l’équipement automobile et principalement dans la fabrication des bougies qui portaient son nom (Bougies Eyquem ?).

Cette propriété était leur résidence secondaire et le cadre somptueux de l’endroit leur permettait de mener une vie agréable pendant les mois d’été. Cette famille était bien intégrée à la population locale: la propriété était gardée et entretenue toute l’année et la population de Lirose appréciait cette famille qui faisait travailler plusieurs personnes de la commune.

Les allemands apprécièrent également l’endroit et dès le début de l’occupation, ils s’y installèrent et y restèrent jusqu’au débarquement. Pendant les combats de l’été 1944, la propriété a beaucoup souffert, entre autres, la toiture de la maison des gardiens située en bordure de chemin fut entièrement détruite.

La partie principale de la propriété était encore habitable et elle servit alors de refuge aux sinistrés de Sannerville : plusieurs familles qui avaient tout perdu pendant les événements apprécièrent beaucoup de retrouver un toit, même si le confort était très réduit. Une vie communautaire se mit alors en place dans cette maison et ainsi la misère fut un peu moins pénible. Cet endroit fut témoin des retrouvailles d’un prisonnier avec sa famille et de la naissance d’une petite fille dix mois après. En 1950, les dernières familles quittaient l’endroit pour s’installer dans des baraquements provisoires.

C’est alors que des travaux de restauration purent être entrepris ; la propriété retrouva son lustre d’antan mais en même temps la page Ayquem se tournait : la propriété fut vendue et depuis lors, plusieurs propriétaires se ont succédés. Pour les anciens de Sannerville, le manoir de Lirose a gardé un coté emblématique de la dernière guerre ; d’abord réquisitionné, bombardé puis habité par les sinistrés de Sannerville, il aura vécu intensément toutes les étapes de cette guerre.

Au cours de cette deuxième moitié du vingtième siècle, la configuration de Lirose a beaucoup changé : les trois fermes que l’on pouvait recenser dans les années 1930 ont disparu. La première en 1936 et les deux autres cessèrent leur activité progressivement après la guerre. Elles devinrent alors maison d’habitation. Des herbages furent vendus comme terrain à bâtir et des maisons sortirent de terre.

Un autre événement bouleversa l’environnement des habitants de Lirose; ce fut la disparition, en 1952, de la ligne de chemin de fer. Cette ligne animait le hameau et les enfants et peut être aussi les grands la virent disparaître avec regret. La maisonnette de la S.N.C.F. fut vendue ainsi que le terrain de la voie et les fossés qui furent comblés. Les riverains achetèrent ces parcelles de terrain et progressivement le paysage se transforma. L’herbage à l’entrée du chemin de Lirose devint une petite zone artisanale et un terrain situé en face fut vendu. des forains qui y installèrent des caravanes. La terre du manoir de Lirose fut également morcelée; des parcelles furent vendues et des maisons construites dessus. Le hameau de Lirose comprend maintenant une quinzaine de maisons.

Malgré toutes ces modifications, Lirose reste un endroit agréable. Bien sûr, ce hameau a connu, comme toutes les communes à proximité des villes, ses mutations. Il reste encore de la terre vierge et peut être que dans les années qui viennent d’autres changements auront lieu. Et alors qu’il ne restera plus personne pour témoigner de ce que fut le Lirose du début du vingtième siècle, ces quelques lignes permettront peut être, très modestement, de rappeler la petite histoire de ce lieu qui fut si cher au cœur de ses habitants.

Le Château Villey

Sur la route de Touffréville, derrière une belle avenue, se cachait, avant la deuxième guerre mondiale, un très joli château. Il avait été acheté par Monsieur Edmond Villey-Desmeserets en 1892.

Ce Monsieur Edmond Villey-Desmeserets était un personnage illustre : né à Caen le 3 novembre 1848, d’une famille de vieille souche caennaise, il avait fait de très brillantes études de droit. Reçu second (avec dispense d’âge) au concours d’agrégation des Facultés de droit de 1872, il fut Professeur d’Economie Politique à Nancy puis nommé à Caen en 1875 où il continua toute sa carrière. Il écrivit de nombreux ouvrages et articles de droit et d’économie politique. Il a laissé une œuvre importante mais aussi le souvenir d’un savant dont la bonté, la sagesse et la simplicité étaient un exemple pour tous.

Marié, père de dix enfants, il eut une brillante descendance: Pierre Villey-Desmeserets, son second fils, eut un chemin singulier: devenu aveugle à l’âge de cinq ans, il effectua néanmoins ses études au Lycée Malherbe de Caen et fréquenta ensuite l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris, suivit les cours à Buffon puis à Louis Le Grand. Il prépara ensuite l’Ecole Normale Supérieure et en sortit agrégé et premier de sa promotion. Il obtint une bourse à l’Institut Thiers où il prépara une thèse très remarquée sur Montaigne, après avoir transcrit toute l’œuvre de l’écrivain en braille. Par la suite, Pierre Villey-Desmeserets consacra une grande partie de sa vie aux aveugles et écrivit de très nombreux ouvrages sur la cécité, qui furent édités dans le monde entier. Il fut professeur à la faculté des lettres de Caen et président de la fondation Valentin Haüy.

A l’institut Thiers, il rencontra la compagne de sa vie, la mie du grand philosophe Boutroux. Ils eurent quatre fils, dont le docteur Raymond Villey, qui fut un très brillant médecin et un membre actif du conseil municipal de Caen. Les caennais ont su reconnaître les mérites de cette illustre famille: une rue de la ville porte le nom du père, Edmond, et une autre celle de son fils Pierre. Ce dernier mourut dans l’accident de chemin de fer de Conches en 1933.

(Note : Déraillement de l’Express “Cherbourg-Paris” : Cette effroyable catastrophe s’est produite le 24 octobre vers 8h50 entre Conches et La Bonneville, au viaduc de Saint-Hélier. Une partie du train tomba dans la rivière Le Rouloir. On compte une quarantaine de morts).

Frères de Pierre, Jean Villey-Desmeserets (1885-1948) était physicien et professeur à la Faculté des sciences de Paris, Achille Villey-Desmeserets était lui préfet de Paris

Ce château servit donc de résidence secondaire à cette nombreuse et illustre famille et tout naturellement, les sannervillais l’appelaient le château Villey, Villey tout court, car les habitants ne connaissaient pas le deuxième nom qui faisait pourtant partie intégrante du patronyme. Une confusion existait même avec le Maizeret, un hameau de Sannerville situé tout près de ce château, alors qu’aucun lien n’existe. La population de Sannerville ne connaissait pas vraiment la famille qui ne venait au château que pendant les vacances; les personnes qui fréquentaient l’église de Sannerville pouvaient apercevoir cette famille les dimanches d’été où des bancs lui étaient réservés.

Ce château possédait une ferme d’une centaine d’hectares avec un cheptel de quarante à cinquante vaches. Monsieur Lefèvre en fut le régisseur au début du siècle et ensuite la ferme fut louée par Monsieur Méhedin pendant de nombreuses années.

Pendant la guerre, ce château fut réquisitionné quelque temps par les allemands. Au débarquement, il fut complètement détruit et en 1956, fut reconstruit en maison bourgeoise. La ferme fut épargnée par les bombardements et a pu continuer à fonctionner après la guerre. Pour les anciens de la commune, le château fait dorénavant partie de la mémoire du village.

En ce début du vingt et unième siècle, cette belle maison est toujours habitée par une descendante Villey-Desmeserets, Madame Bouchard: une petite fille du célèbre savant et fille de Maurice Villey-Desmeserets , le quatrième enfant de Edmond Villey-Desmeserets. Cette maison lui a été léguée par un grand oncle qui n’avait pas de descendance directe.

En ce début de vingt et unième siècle, la terre de la ferme a retrouvé une nouvelle vie: elle est devenue pendant un temps un centre équestre qui a fait le bonheur des amoureux des chevaux. La partie habitation de la ferme est actuellement inoccupée.

Le manoir de M. et Mme Bulteau

Avant la deuxième guerre mondiale, dans le centre de la commune et dans une rue baptisée depuis la guerre, rue du Six Juin, se trouvait une autre très belle propriété: il s’agissait du manoir de Monsieur et Madame Bulteau.

Depuis le début du siècle, il avait plusieurs fois changé de propriétaires ; en 1937, il fut acheté par Monsieur et Madame Borne. Ces derniers firent alors réaliser de gros travaux dont le chauffage central ce qui améliora beaucoup le confort de cette propriété. En 1942, ils décidèrent de la vendre et c’est Monsieur Bulteau, un industriel du Nord qui l’acheta pour loger ses enfants. Depuis lors, cette propriété connut la stabilité. Neuf enfants y grandirent et en ce début de vingt et unième siècle, Madame Bulteau, leur mère, veille toujours sur ce patrimoine.

Avant les bombardements de la dernière guerre, cette propriété était entièrement entourée de murs. Elle possédait également une petite ferme qui longeait un pavillon. Un parc de quatre hectares planté de vieux arbres en faisait un ensemble somptueux.

Le débarquement changea le cours des choses : en juillet 1944, la famille Bulteau partit en exode et à son retour un spectacle de désolation l’attendait: plusieurs bombes étaient tombées dans la propriété, le parc était complètement détruit et la maison était très endommagée.

Certes, la maison avait beaucoup souffert mais elle était encore habitable ; la guerre avait appris à ne pas être exigeant. La solidarité à l’intérieur du village se mit alors immédiatement en place : la Mairie de Sannerville et son école avaient complètement disparus. La famille Bulteau n’hésita pas un instant : elle accueillit dans sa maison les services de la mairie et une salle de classe.

Quelques mois plus tard, la commune recevait des baraquements qui permirent à la mairie et à l’école de retrouver leur autonomie. En 1946, le manoir Bulteau redevenait une maison familiale ; cette même année, l’électricité était rétablie.

En 1950, la partie habitation est remise en état et des agrandissements sont apportés. Après la mort de Mr Bulteau en 1968, le parc fut vendu. Quelques années plus tard un promoteur faisait construire des maisons sur cet emplacement ainsi que sur celui de la ferme.

Dans cette rue qui porte le nom mythique du « six juin », les passants peuvent admirer la magnifique porte et les vieux murs qui rappellent cet endroit emblématique de la dernière guerre.

Voir aussi : Le château de Banneville

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