oct 07 29Le château de Banneville
Bien que situé sur la commune de Banneville la Campagne, ce château se trouve face aux commerces de Sannerville, au sud de la route de Rouen.

Le château de Banneville après guerre.
Extraits de la Statistique routière de Normandie par M. de Caumont (1842)
A deux lieues et demie de Caen, on trouve, à droite, le château et le parc de M. le marquis de Banneville, membre de l’Association normande. Entre Banneville et Troarn, on rencontre des coteaux dirigés du nord au sud : ce sont les premières assises de l’argile bleuâtre, analogue à celle des environs d’Oxford, et qui forme la base du terrain le plus fertile d’une bonne partie du pays d’Auge. Certaines couches de ce banc argileux servent à faire de la tuile. Plusieurs fabriques sont établies sur le bord de la route. Troarn, chef-lieu de canton, sur la Dive, doit son importance à l’abbaye de Saint-Martin. En 1022, Roger de Montgommery, vicomte d’Exmes, fonda à Troarn une collégiale, et, vers 1048, son fils transforma cette collégiale en abbaye, sous l’épiscopat de Hugues, évêque de Bayeux. Le premier abbé du monastère, Durand, entra en fonctions l’an 1059; la même année, l’église fut dédiée par Odon, frère de Guillaume-le-Conquérant, évêque de Bayeux. Quand l’archevêque de Rouen, Odon Rigault, visita l’abbaye en 1250, il y trouva quarante-quatre moines et 3,000 livres de revenu (environ 54,677 livres). Il n’y avait plus que neuf moines quelques temps avant la révolution. La mense abbatiale s’élevait alors à plus de 100,000 francs. Cette abbaye avait un assez grand nombre de patronages, la plupart indiqués dans ma Statistique monumentale. Les Anglais assiégèrent l’abbaye de Troarn et la prirent en 1418, parce qu’elle tenait pour Charles VI. Elle fut, d’après l’abbé de La Rue, fortifiée en 1468, pour la garantir des incursions des Bretons ; elle fut pillée par les protestants en 1562. L’église de l’abbaye est complètement détruite ; elle avait près de deux cents pieds de longueur. Quelques restes de l’ancienne abbaye, convertis en bâtiments d’exploitation, conservent encore leur caractère primitif, malgré les changements qu’ils ont éprouvés : telles sont des fenêtres, qui peuvent dater du XIIIe siècle. L’entrée principale du monastère existe encore. Elle est ornée d’un portique comme la façade d’une église, et surmontée d’un fronton triangulaire. Des contreforts et des niches à statues, surmontées de dais, décorent les deux côtés de cette entrée, qui est plus monumentale que la plupart de celles qui précèdent nos abbayes. Je la crois du XVe ou du XIVe siècle.

Cette porte de l’abbaye de Troarn se trouve aujourd’hui à l’entrée ouest du parc du château de Banneville. On la voit à l’entrée de Banneville la Campagne et de Sannerville, sur la RN 175 en venant de Caen. L’entrée du cimetière militaire de Sannerville-Banneville se trouve juste à coté .
Elle est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 25 juin 1928.


Le château de Banneville le 19 juillet 1944 - ©IWM
oct 07 29Les châteaux
Les châteaux de Sannerville
Avant la deuxième guerre mondiale, Sannerville comptait quatre châteaux et manoirs. Au début de ce vingt et unième siècle, il n’en reste que deux, dont le château situé au numéro 15 de la rue Pasteur, dans le quartier de l’église.
Le Château Cassigneul
Avant la deuxième guerre mondiale, ce château était appelé «Château Cassigneul». Il fut en effet acheté dans les années 1920 par Monsieur et Madame Cassigneul qui avaient choisi cet endroit pour se retirer après avoir exploité une ferme à Banneville.

Ce château comprenait également une petite ferme et quelques bâtiments ainsi qu’une vingtaine d’hectares en herbages qui permettaient d’entretenir cinq à six vaches. Monsieur Cassigneul choisit alors comme fermier son neveu Monsieur Fouques et lorsque ce dernier partit à la guerre, son épouse continua l’exploitation avec son fils. Cette ferme fut complètement détruite pendant les bombardements de l’été 1944.

Le château était très vaste et permit à Monsieur et Madame Cassigneul d’accueillir chez eux leurs enfants Monsieur et Madame Bouquet. La vie était très agréable dans cette belle propriété. Malheureusement, les événements changèrent le cours des choses: cette demeure fut d’abord réquisitionnée en partie par les allemands ; les propriétaires purent rester dans leur maison mais durent se mettre alors à l’étroit. La cohabitation n’était pas très agréable mais les propriétaires pouvaient encore profiter de leur propriété. Au mois de juillet 1944, comme toute la population de Sannerville, les familles Cassigneul-Bouquet partirent en exode dans les environs de Lisieux. Lorsqu’ils revinrent, ils découvrirent avec tristesse que leur demeure avait beaucoup souffert et qu’elle était inhabitable.
C’est seulement dans les années 1950 qu’ils purent revenir l’habiter.

Le “château Cassigneul” après guerre
Après le décès de Monsieur et Madame Cassigneul, leurs enfants, Monsieur et Madame Bouquet leur succédèrent. Ils y restèrent jusqu’à la fin de leur vie. Après leur mort, dans les années 1980, le château fut vendu.
Après soixante années, ce château a donc changé de propriétaires. Les sannervillais ne l’appellent plus le château Cassigneul.
Le manoir de Lirose
Sannerville comptait également un très joli manoir implanté au hameau de Lirose, hameau qui fut une commune à part entière jusqu’en 1828, année au cours de laquelle elle fut rattachée à Sannerville.

Ce manoir a beaucoup souffert au moment du débarquement mais heureusement pour nous tous, il a été restauré et quelques années après la guerre, les sannervillais purent à nouveau admirer leur patrimoine local.
Ce manoir avait été acheté dans les années 1920 par la famille Ayquem. Monsieur Ayquem était un important industriel qui travaillait dans l’équipement automobile et principalement dans la fabrication des bougies qui portaient son nom (Bougies Eyquem ?).
Cette propriété était leur résidence secondaire et le cadre somptueux de l’endroit leur permettait de mener une vie agréable pendant les mois d’été. Cette famille était bien intégrée à la population locale: la propriété était gardée et entretenue toute l’année et la population de Lirose appréciait cette famille qui faisait travailler plusieurs personnes de la commune.
Les allemands apprécièrent également l’endroit et dès le début de l’occupation, ils s’y installèrent et y restèrent jusqu’au débarquement. Pendant les combats de l’été 1944, la propriété a beaucoup souffert, entre autres, la toiture de la maison des gardiens située en bordure de chemin fut entièrement détruite.
La partie principale de la propriété était encore habitable et elle servit alors de refuge aux sinistrés de Sannerville : plusieurs familles qui avaient tout perdu pendant les événements apprécièrent beaucoup de retrouver un toit, même si le confort était très réduit. Une vie communautaire se mit alors en place dans cette maison et ainsi la misère fut un peu moins pénible. Cet endroit fut témoin des retrouvailles d’un prisonnier avec sa famille et de la naissance d’une petite fille dix mois après. En 1950, les dernières familles quittaient l’endroit pour s’installer dans des baraquements provisoires.
C’est alors que des travaux de restauration purent être entrepris ; la propriété retrouva son lustre d’antan mais en même temps la page Ayquem se tournait : la propriété fut vendue et depuis lors, plusieurs propriétaires se ont succédés. Pour les anciens de Sannerville, le manoir de Lirose a gardé un coté emblématique de la dernière guerre ; d’abord réquisitionné, bombardé puis habité par les sinistrés de Sannerville, il aura vécu intensément toutes les étapes de cette guerre.
Au cours de cette deuxième moitié du vingtième siècle, la configuration de Lirose a beaucoup changé : les trois fermes que l’on pouvait recenser dans les années 1930 ont disparu. La première en 1936 et les deux autres cessèrent leur activité progressivement après la guerre. Elles devinrent alors maison d’habitation. Des herbages furent vendus comme terrain à bâtir et des maisons sortirent de terre.
Un autre événement bouleversa l’environnement des habitants de Lirose; ce fut la disparition, en 1952, de la ligne de chemin de fer. Cette ligne animait le hameau et les enfants et peut être aussi les grands la virent disparaître avec regret. La maisonnette de la S.N.C.F. fut vendue ainsi que le terrain de la voie et les fossés qui furent comblés. Les riverains achetèrent ces parcelles de terrain et progressivement le paysage se transforma. L’herbage à l’entrée du chemin de Lirose devint une petite zone artisanale et un terrain situé en face fut vendu. des forains qui y installèrent des caravanes. La terre du manoir de Lirose fut également morcelée; des parcelles furent vendues et des maisons construites dessus. Le hameau de Lirose comprend maintenant une quinzaine de maisons.
Malgré toutes ces modifications, Lirose reste un endroit agréable. Bien sûr, ce hameau a connu, comme toutes les communes à proximité des villes, ses mutations. Il reste encore de la terre vierge et peut être que dans les années qui viennent d’autres changements auront lieu. Et alors qu’il ne restera plus personne pour témoigner de ce que fut le Lirose du début du vingtième siècle, ces quelques lignes permettront peut être, très modestement, de rappeler la petite histoire de ce lieu qui fut si cher au cœur de ses habitants.
Le Château Villey
Sur la route de Touffréville, derrière une belle avenue, se cachait, avant la deuxième guerre mondiale, un très joli château. Il avait été acheté par Monsieur Edmond Villey-Desmeserets en 1892.
Ce Monsieur Edmond Villey-Desmeserets était un personnage illustre : né à Caen le 3 novembre 1848, d’une famille de vieille souche caennaise, il avait fait de très brillantes études de droit. Reçu second (avec dispense d’âge) au concours d’agrégation des Facultés de droit de 1872, il fut Professeur d’Economie Politique à Nancy puis nommé à Caen en 1875 où il continua toute sa carrière. Il écrivit de nombreux ouvrages et articles de droit et d’économie politique. Il a laissé une œuvre importante mais aussi le souvenir d’un savant dont la bonté, la sagesse et la simplicité étaient un exemple pour tous.
Marié, père de dix enfants, il eut une brillante descendance: Pierre Villey-Desmeserets, son second fils, eut un chemin singulier: devenu aveugle à l’âge de cinq ans, il effectua néanmoins ses études au Lycée Malherbe de Caen et fréquenta ensuite l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris, suivit les cours à Buffon puis à Louis Le Grand. Il prépara ensuite l’Ecole Normale Supérieure et en sortit agrégé et premier de sa promotion. Il obtint une bourse à l’Institut Thiers où il prépara une thèse très remarquée sur Montaigne, après avoir transcrit toute l’œuvre de l’écrivain en braille. Par la suite, Pierre Villey-Desmeserets consacra une grande partie de sa vie aux aveugles et écrivit de très nombreux ouvrages sur la cécité, qui furent édités dans le monde entier. Il fut professeur à la faculté des lettres de Caen et président de la fondation Valentin Haüy.
A l’institut Thiers, il rencontra la compagne de sa vie, la mie du grand philosophe Boutroux. Ils eurent quatre fils, dont le docteur Raymond Villey, qui fut un très brillant médecin et un membre actif du conseil municipal de Caen. Les caennais ont su reconnaître les mérites de cette illustre famille: une rue de la ville porte le nom du père, Edmond, et une autre celle de son fils Pierre. Ce dernier mourut dans l’accident de chemin de fer de Conches en 1933.
(Note : Déraillement de l’Express “Cherbourg-Paris” : Cette effroyable catastrophe s’est produite le 24 octobre vers 8h50 entre Conches et La Bonneville, au viaduc de Saint-Hélier. Une partie du train tomba dans la rivière Le Rouloir. On compte une quarantaine de morts).
Frères de Pierre, Jean Villey-Desmeserets (1885-1948) était physicien et professeur à la Faculté des sciences de Paris, Achille Villey-Desmeserets était lui préfet de Paris
Ce château servit donc de résidence secondaire à cette nombreuse et illustre famille et tout naturellement, les sannervillais l’appelaient le château Villey, Villey tout court, car les habitants ne connaissaient pas le deuxième nom qui faisait pourtant partie intégrante du patronyme. Une confusion existait même avec le Maizeret, un hameau de Sannerville situé tout près de ce château, alors qu’aucun lien n’existe. La population de Sannerville ne connaissait pas vraiment la famille qui ne venait au château que pendant les vacances; les personnes qui fréquentaient l’église de Sannerville pouvaient apercevoir cette famille les dimanches d’été où des bancs lui étaient réservés.
Ce château possédait une ferme d’une centaine d’hectares avec un cheptel de quarante à cinquante vaches. Monsieur Lefèvre en fut le régisseur au début du siècle et ensuite la ferme fut louée par Monsieur Méhedin pendant de nombreuses années.
Pendant la guerre, ce château fut réquisitionné quelque temps par les allemands. Au débarquement, il fut complètement détruit et en 1956, fut reconstruit en maison bourgeoise. La ferme fut épargnée par les bombardements et a pu continuer à fonctionner après la guerre. Pour les anciens de la commune, le château fait dorénavant partie de la mémoire du village.
En ce début du vingt et unième siècle, cette belle maison est toujours habitée par une descendante Villey-Desmeserets, Madame Bouchard: une petite fille du célèbre savant et fille de Maurice Villey-Desmeserets , le quatrième enfant de Edmond Villey-Desmeserets. Cette maison lui a été léguée par un grand oncle qui n’avait pas de descendance directe.
En ce début de vingt et unième siècle, la terre de la ferme a retrouvé une nouvelle vie: elle est devenue pendant un temps un centre équestre qui a fait le bonheur des amoureux des chevaux. La partie habitation de la ferme est actuellement inoccupée.
Le manoir de M. et Mme Bulteau
Avant la deuxième guerre mondiale, dans le centre de la commune et dans une rue baptisée depuis la guerre, rue du Six Juin, se trouvait une autre très belle propriété: il s’agissait du manoir de Monsieur et Madame Bulteau.

Depuis le début du siècle, il avait plusieurs fois changé de propriétaires ; en 1937, il fut acheté par Monsieur et Madame Borne. Ces derniers firent alors réaliser de gros travaux dont le chauffage central ce qui améliora beaucoup le confort de cette propriété. En 1942, ils décidèrent de la vendre et c’est Monsieur Bulteau, un industriel du Nord qui l’acheta pour loger ses enfants. Depuis lors, cette propriété connut la stabilité. Neuf enfants y grandirent et en ce début de vingt et unième siècle, Madame Bulteau, leur mère, veille toujours sur ce patrimoine.
Avant les bombardements de la dernière guerre, cette propriété était entièrement entourée de murs. Elle possédait également une petite ferme qui longeait un pavillon. Un parc de quatre hectares planté de vieux arbres en faisait un ensemble somptueux.

Le débarquement changea le cours des choses : en juillet 1944, la famille Bulteau partit en exode et à son retour un spectacle de désolation l’attendait: plusieurs bombes étaient tombées dans la propriété, le parc était complètement détruit et la maison était très endommagée.
Certes, la maison avait beaucoup souffert mais elle était encore habitable ; la guerre avait appris à ne pas être exigeant. La solidarité à l’intérieur du village se mit alors immédiatement en place : la Mairie de Sannerville et son école avaient complètement disparus. La famille Bulteau n’hésita pas un instant : elle accueillit dans sa maison les services de la mairie et une salle de classe.
Quelques mois plus tard, la commune recevait des baraquements qui permirent à la mairie et à l’école de retrouver leur autonomie. En 1946, le manoir Bulteau redevenait une maison familiale ; cette même année, l’électricité était rétablie.
En 1950, la partie habitation est remise en état et des agrandissements sont apportés. Après la mort de Mr Bulteau en 1968, le parc fut vendu. Quelques années plus tard un promoteur faisait construire des maisons sur cet emplacement ainsi que sur celui de la ferme.
Dans cette rue qui porte le nom mythique du « six juin », les passants peuvent admirer la magnifique porte et les vieux murs qui rappellent cet endroit emblématique de la dernière guerre.
Voir aussi : Le château de Banneville
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