oct 07 29L’église
Extrait du Tome II des Statistiques Monumentales du Calvados par Arcisse de Caumont 1850
L’église de Sannerville est moderne dans son ensemble ; il n’y a que la tour d’ancienne.

Le chœur doit avoir été très récemment reconstruit, la nef peut l’avoir été dans le siècle dernier : mais entre chœur et nef existe une arcade en ogive, ce qui prouve qu’on a conservé quelques parties des murs de l’église précédente en reconstruisant celle-ci. Un énorme autel à colonnes corinthiennes établi il y a peu d’années occupe le fond du chœur. La tour placée à l’extrémité occidentale est large et massive ; elle peut dater du XIVe siècle, un toit à double égout la couronne. Dans la partie supérieure j’ai remarqué à l’un des angles de cette tour une figure grossièrement sculptée qui, évidemment, n’avait pas été destinée pour cette place ; j’ignore quel personnage on a voulu figurer. L’église de Sannerville est sous l’invocation de Notre-Dame. L’abbaye de Troarn en avait le patronage et percevait un tiers de la dîme ; le reste était perçu par le curé.

Carte de Cassini - fin XVIII
Lirose, Lesdrosa, Lierosa, Lierose, était une petite paroisse qui a été réunie à Sannerville ; l’église n’existe plus, elle était sous l’invocation de Saint-Germain et avait été donnée à Troarn, dit le cartulaire, par Roger de Montgommery, fondateur de l’abbaye.
Chapelle et prieuré de Folletot. Il y avait très anciennement à Folletot, sur le territoire de Sannerville, une chapelle Saint-Rémi qui dépendait de l’église de Sannerville. Il paraît, d’après le cartulaire de Troarn, qu’en 1115, un certain Guillaume, prètre, de Banneville, avait revendiqué sur cette chapelle des droits attribués à l’église de Sannerville, mais qu’il renonça à ses prétentions. Voici ce que je trouve à ce sujet dans le cartulaire de Troarn : « Anno millesimo centesimo quinto decimo, XVII Kalendas februarii, Willelmus, presbiter de Barnevilla, cum filio suo Roberto, venit in capitulum nostrum, et, petens veniam ab omni conventu super calumpniam quam de ecclesia de Foletot contra sanctum Martinum injuste fecerat, et ipsam calumpniam ex toto dimittens, promisit se deinceps fidelem sancto Martino et abbati Andree permansurum, filio suo Roberto, accepta societate nostra, hec omnia concedente, et se ad nos venturos, etc. Suirco abbas concessit eis ut in dicta ecclesia, sicut quilibet alius clericus, cantara possint, etc. » Il paraîtrait que les prétentions se seraient élevées plus tard sur la même chapelle de Folletot de la part du clergé de Banneville, car nous trouvons dans le cartulaire une autre charte de 1215, déclarant que la chapelle de Folletot était sous tous les rapports, dépendante de l’église de Sannerville. « Preterea dico et concedo quod nulla persona ecclesia Sancte Marie de Barnevilla, cujus patronus pertinet ad feodum Rogeri militis de Amundevilla, debet vel potest aliquid reclamare, ratione predicti patronatus in capella de Foletot ; que capella plenarie cum omnibus pertinentiis suis adjacet et subditur ecclesie de Salnevilla, etc. Actum, etc. anno Domini M. CC. XV. Vers la fin du XIVe siècle, dit Mr De La Rue, Girard, sire de Tournebu, et d’Auvillers donna à Troarn la terre et seigneurie de Folletot avec 200 écus d’or, pour ériger ladite chapelle en prieuré ; mais en l’année 1213, Robert Firtz Enneis, baron de Thury, avait fondé à St-Samson-en-Auge l’hôpital de la Madeleine de Saulx ; et, comme il n’avait laissé pour héritière qu’une fille Philippine, femme de Philippe, baron de Tournebu, Richard de Tournebu qui en descendait, jugea à propos dans la suite, en 1404, de faire ériger en prieuré hospitalier l’hôpital de la Madeleine, et d’accord avec Louis de Cantemerle, abbé de Troarn, la fondation du prieuré de Folletot fut révoquée et les biens qu’il possédait passèrent à l’hôpital de St-Samson.
Curiosité : Voir aussi Un tableau dans l’église
oct 07 29Le château de Banneville
Bien que situé sur la commune de Banneville la Campagne, ce château se trouve face aux commerces de Sannerville, au sud de la route de Rouen.

Le château de Banneville après guerre.
Extraits de la Statistique routière de Normandie par M. de Caumont (1842)
A deux lieues et demie de Caen, on trouve, à droite, le château et le parc de M. le marquis de Banneville, membre de l’Association normande. Entre Banneville et Troarn, on rencontre des coteaux dirigés du nord au sud : ce sont les premières assises de l’argile bleuâtre, analogue à celle des environs d’Oxford, et qui forme la base du terrain le plus fertile d’une bonne partie du pays d’Auge. Certaines couches de ce banc argileux servent à faire de la tuile. Plusieurs fabriques sont établies sur le bord de la route. Troarn, chef-lieu de canton, sur la Dive, doit son importance à l’abbaye de Saint-Martin. En 1022, Roger de Montgommery, vicomte d’Exmes, fonda à Troarn une collégiale, et, vers 1048, son fils transforma cette collégiale en abbaye, sous l’épiscopat de Hugues, évêque de Bayeux. Le premier abbé du monastère, Durand, entra en fonctions l’an 1059; la même année, l’église fut dédiée par Odon, frère de Guillaume-le-Conquérant, évêque de Bayeux. Quand l’archevêque de Rouen, Odon Rigault, visita l’abbaye en 1250, il y trouva quarante-quatre moines et 3,000 livres de revenu (environ 54,677 livres). Il n’y avait plus que neuf moines quelques temps avant la révolution. La mense abbatiale s’élevait alors à plus de 100,000 francs. Cette abbaye avait un assez grand nombre de patronages, la plupart indiqués dans ma Statistique monumentale. Les Anglais assiégèrent l’abbaye de Troarn et la prirent en 1418, parce qu’elle tenait pour Charles VI. Elle fut, d’après l’abbé de La Rue, fortifiée en 1468, pour la garantir des incursions des Bretons ; elle fut pillée par les protestants en 1562. L’église de l’abbaye est complètement détruite ; elle avait près de deux cents pieds de longueur. Quelques restes de l’ancienne abbaye, convertis en bâtiments d’exploitation, conservent encore leur caractère primitif, malgré les changements qu’ils ont éprouvés : telles sont des fenêtres, qui peuvent dater du XIIIe siècle. L’entrée principale du monastère existe encore. Elle est ornée d’un portique comme la façade d’une église, et surmontée d’un fronton triangulaire. Des contreforts et des niches à statues, surmontées de dais, décorent les deux côtés de cette entrée, qui est plus monumentale que la plupart de celles qui précèdent nos abbayes. Je la crois du XVe ou du XIVe siècle.

Cette porte de l’abbaye de Troarn se trouve aujourd’hui à l’entrée ouest du parc du château de Banneville. On la voit à l’entrée de Banneville la Campagne et de Sannerville, sur la RN 175 en venant de Caen. L’entrée du cimetière militaire de Sannerville-Banneville se trouve juste à coté .
Elle est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 25 juin 1928.


Le château de Banneville le 19 juillet 1944 - ©IWM
oct 07 29La Révolution
Quelques Sannervillais pendant la Révolution
Les guerres de religion du XVIe siècle marquent le début de la décadence de l’abbaye de Troarn et de son économie féodale.
En mai 1562 un groupe de protestants, encadrés par François de Malherbe (père du poète caennais), brûlent les ornements religieux et une partie des archives de l’abbaye. Le coup est fatal: les vassaux de l’abbaye profitent des troubles pour brûler les actes qui consignaient leurs devoirs, leurs corvées, leurs redevances et ainsi s’y soustraire.
L’abbaye se relèvera difficilement et languira jusqu’à la révolution de 1789, qui détruira presque tous les bâtiments et leurs décombres serviront à encaisser la route de Caen à Troarn.
L’abbaye de Troarn
Cependant au cours du XVIIe la noblesse locale réclame pour son entretien de plus en plus d’argent aux populations. Dans les années 1638 et 1639, les registres paroissiaux de Banneville font mention de très nombreux dons à Monseigneur le Duc de Longueville. A part cela nous possédons très peu de renseignements sur les Sannervillais du XVIIe.
Heureusement le XVIIIe siècle est plus généreux car nous avons été aidés dans notre quête par un homme peu ordinaire. Nous l’avons découvert en lisant les registres paroissiaux qu’il tenait comme une chronique ou comme un journal local : c’est l’abbé Hébert, curé de Sannerville et doyen de Troarn de 1760 à 1791. Il relate les naissances, les mariages et les décès et grâce à lui revivent sous nos yeux tous ceux que l’Histoire n’a jamais mentionnés. Entre ses lignes on entrevoit les drames familiaux, notamment lors de la déclaration de grossesse d’une fille-mère qui fait pénitence et promet de se comporter dans la suite selon la loi de Dieu et du Prince. Ou encore dans le constat de décès fait par deux camarades du défunt, deux grenadiers royaux Frappe Fort et La Feuillade qui signent, ou plutôt ne signent pas, d’une croix.
Les gens naissaient, se mariaient avec leurs voisins, ils n’allaient pas chercher très loin leurs compagnes, et ils mouraient de maladies contagieuses, de noyade, de mort subite, de coup de pied de cheval et même de la chute du haut d’un chêne comme cet enfant de 15 ans. Quant aux femmes, beaucoup mouraient en couches. Les enfants étaient baptisés rapidement et même parfois le curé se rendait dans la chambre de l’accouchée pour baptiser l’enfant aussitôt né, parce qu’on pensait qu’il ne vivrait pas, tant l’accouchement avait été dur. En 1781, le curé Hébert écrit à l’évêque de Bayeux. Une épidémie vient de se déclarer, en cette seule année, il a enterré 36 paroissiens alors que les autres années il en enterrait seulement 3 ou 4. A son tour, à force de visiter les malades, de les assister jusqu’au bout, il est frappé par la maladie. Il doit demander à son évêque de lui envoyer un homme jeune et en bonne santé qui, à sa place, parcourra la campagne de ferme en ferme pour aider ceux qui meurent.
Les hivers sont rigoureux et la solidarité s’organise : le 2 janvier 1785, les paroissiens à l’issue de la messe autorisent le maire à prendre les deniers de charité. II donnera cet argent aux deux boulangers de la paroisse qui achèteront un sac de blé et feront les pains de charité qu’ils distribueront aux plus nécessiteux: des veuves, des vieillards, des mendiants. Hélas la misère conduit certains à commettre bien des horreurs, ainsi cette nuit du 23 novembre 1785: Marie, femme de Tostain aubergiste, trouve un bébé dans l’auge de son auberge vers 7 heures du matin. L’enfant est baptisé Marie, mais elle meurt le 4 décembre 1785.
La révolution naît à Paris en juillet 1789 et la Province en prend connaissance et conscience quelques jours, quelques semaines après. Nous allons vous rapporter l’histoire de certains et surtout du curé Hébert face à cette nouvelle organisation mise en place par les Révolutionnaires. Le clergé est par essence suspect et l’assemblée constituante réorganise l’Eglise de France. Désormais les membres du clergé sont des fonctionnaires élus et pourvus d’un traitement. Pour exercer leur sacerdoce, ils doivent prêter serment de fidélité à la Constitution et à la Nation. La moitié du clergé accepte: ce sont les prêtres assermentés ou constitutionnels ou jureurs. Mais l’autre moitié refuse par fidélité à son Dieu et à son Roi: ce sont les prêtres réfractaires, ils seront d’abord cachés par les aristocrates dans les souterrains des châteaux, mais beaucoup seront emprisonnés et guillotinés en 1793.
Quel parti ont choisi les prêtres de nos paroisses?
Le 23 janvier 1791, le curé Millet de Touffreville prête serment à la Constitution. C’est un dimanche matin et il profite de la messe pour faire un petit discours où il fustige le haut clergé qui roule carrosse. En ces temps-là, il y avait le haut clergé, issu de la noblesse, cumulant les privilèges, et le bas clergé, issu du petit peuple, ayant la vie dure et souvent le ventre vide. Or c’est au sein du bas clergé que se recrutent les curés de campagne qui exercent à Touffreville et à Sannerville.
Mais notre curé Hébert résiste et ne prête toujours pas serment. Alors le corps électoral du district de Caen élit un curé constitutionnel: Michel Prempain qui s’installe à Sannerville annonce à celui qu’on appelle maintenant « Hébert prêtre réfractaire n son expulsion de la paroisse sous 24 heures. On a vite oublié ses 31 ans de dévouement. Hébert trouve un allié en la personne de Monsieur de Banneville et trouve refuge en l’église de Banneville. Le 7 août 1791, la municipalité de Sannerville, accompagnée du curé constitutionnel, protégée par une brigade de gendarmes nationaux, part mettre les scellés sur les portes de l’église de Banneville et enlever les vases sacrés et les ornements pour les transférer en l’église de Sannerville.
Mais, seul, face à cette brigade et à ces hommes en colère, le curé Hébert résiste toujours et refuse de donner les clefs. D’ailleurs, ajoute-t-il, les vases sacrés et ornements appartiennent à Monsieur de Banneville et doivent lui faire retour. Les portes sont solides, alors on va quérir des ouvriers pour les forcer. Mais ceux de Sannerville refusent: on ne viole pas impunément la maison de Dieu, et puis ils ont vécu 31 ans avec le curé Hébert. On envoie un gendarme à Troarn pour réquisitionner 2 ouvriers serruriers qui acceptent, l’histoire ne dit pas s’ils sont venus bon gré mal gré. On force la porte de fer du cimetière, puis la porte principale de l’église. La situation ridicule dans laquelle on se trouve va tout de même prendre fin. Hélas! A l’intérieur tout avait été enlevé: vases, ornements, linges, argenterie. Le curé Hébert avait été plus malin.
Qu’est donc devenu le curé Hébert ? Les registres de la paroisse sont devenus muets à son sujet. Peut-être a-t-il émigré comme certains, peut-être a-t-il chouanné, est-il allé retrouver les blancs qui combattaient un peu plus loin vers Evreux, et en fin de compte peut-être a-t-il été guillotiné ou emporté par la balle d’un bleu ? Dans le registre paroissial de 1786 pour clôturer l’année le curé Hébert avait écrit ces vers sur Louis XVI que nous vous livrons intégralement:
« Le cœur grand, généreux, l’esprit plein de lumière,
Du bonheur des sujets il ouvre la carrière,
Répare un défaut qu’il ne pouvait prévoir,
Car du ministre il fut le fruit de l’indevoir.
- Ainsi Louis Auguste est donc un Roi très sage,
Bon, zélé, bienfaisant, et de son Dieu l’image.
C’est peu de retrancher le brillant de sa cour,
Le beau, c’est qu’il le faisait avec cœur, par amour,
- Prêtez-vous à ses vœux, nation généreuse,
Prélats, distinguez-vous, l’action est pieuse ;
Ministres, secondez l’ardent désir du Roi,
Et que la probité soit toujours votre loi ».
Nous espérons que ce naïf éloge, vous permettra de mieux comprendre la personnalité du curé Hébert, sa foi profonde et simple en ceux qu’il a aimés auxquels il a obéit et pour lesquels il s’est sacrifié sans réserve.
Mais la vie continue dans nos paroisses et les aventures du curé Hébert sont juste une goutte d’eau dans l’océan des années noires de la Terreur et de la Répression. En février 1790, on élit l’assemblée municipale de la paroisse selon les ordres et décrets des députés de l’assemblée nationale. Le maire est Monsieur Desplanches, il sera remplacé le 8 mai 1791 par Monsieur Alain. Le 1er adjoint c’est notre curé Hébert, mais il refuse le poste, peut-être pressent-il déjà que le nouvel ordre ne conviendra ni à ses croyances ni à ses fidélités, Jean Lucas devient adjoint à sa place. Le 2e adjoint est Joseph Tostain, l’aubergiste et époux de Marie. Le reste de l’assemblée est composée de 4 notables: Jean Jame, Jacques Gruet, François Jollain, Jean Le Bey, enfin François Mazelin, procureur, et Marc Méhédin, greffier.
La contre révolution s’organise, dirigée de l’étranger par les aristocrates émigrés et par les monarques européens qui craignent l’exportation de la révolution et le soulèvement de leur peuple excité par l’exemple français. Nos petits villages se sentent concernés, alors on se mobilise et on fait appel au sens patriotique de tous. Le 13 juin 1792, Touffreville organise une garde nationale, le 22 septembre de la même année le curé constitutionnel Prempain est mis à contribution, il doit verser 48 livres pour « don patriotique ».
La révolution a fait des heureux, ainsi le citoyen Quénement qui exploitait des terres appartenant à Sannerville et à Touffreville. Mais en 1758, son droit de jouissance avait été usurpé par la puissance féodale des titulaires de l’abbaye de TROARN. Profitant des troubles de la révolution Quénement récupère ce qu’il considère être son patrimoine et demande aux deux paroisses à être continué dans son droit. Les deux communes acceptent et lui fixent un bail de 6 ans et un loyer de 180 livres par an.
Enfin la révolution n’a pas changé la nature humaine et les registres sont là pour en témoigner. Les plaintes pour vols et chapardages sont relativement nombreuses et c’est tant mieux pour nous car les « faiblesses» des hommes d’il y a 200 ans nous les rendent proches et parfois bien sympathiques. Ainsi Jacques Duchemin condamné le 4 septembre 1791 pour avoir tenu de « mauvais propos » à une Dame Belleville. Il est regrettable que le registre oublie de nous rapporter les propos en question.
Le curé constitutionnel Prempain ne plaisante pas avec la politesse et il obtient le 14 août 1791, la condamnation à 3 jours de prison de Louis Guérard et de Pierre Carabit pour l’avoir insulté dans son presbytère. Voici un curé bien vindicatif et bien oublieux des préceptes de l’Eglise et du pardon. Il est probable que les 2 insulteurs étaient partisans du prêtre réfractaire Hébert et reprochaient au curé jureur son attitude pendant les événements du 7 août 1791 à Banneville.
PASCALE ET EMMANUEL LOUVET
(Article paru dans le bulletin municipal N°6 - Mai 1985)
oct 07 29Les XIVe et XVe siècles
La vie difficile: Les XIVe et XVe siècles
Le Xllle siècle avait été une période prospère et notre région avait largement profité de l’essor économique général et de la paix.
Hélas le XIVe siècle débute mal pour tous : en 1315, 1316 et 1317 des pluies diluviennes s’abattent sur notre pays, ruinant les récoltes et entraînant une grave famine. La famine eut pour conséquence indirecte d’affaiblir les corps qui ne purent résister à l’épidémie de peste noire pulmonaire venue de Sicile en 1348. On pense que la population périt de 15 à 60% selon les villages. La peste, une fois installée, resta en sommeil pendant plusieurs siècles et c’est ainsi qu’en 1440 elle se réveilla et fit de grands ravages. Pour parachever les malédictions, la nuit de Noël 1390, un raz de marée submergea le littoral et détruisit une partie de la région.
II n’y eut que les catastrophes naturelles, l’homme y mit aussi sa malice : ce fut la guerre de 100 ans.
La Normandie fut le théâtre de la lutte entre rois de France et rois d’Angleterre, sa proximité de l’Angleterre en fit le lieu privilégié des débarquements anglais.
En 1259 les rois anglais avaient solennellement renoncé à leurs possessions en France, mais le nouveau roi Edouard III nourrit des ambitions sur les anciens territoires de ses ancêtres. Une querelle dynastique mit le feu aux poudres : de 1314 à 1328, 4 rois de France moururent sans laisser de descendance.
Qui allait succéder et régner ?
La mère du roi anglais Edouard était fille et soeur des rois français défunts, Edouard réclama le trône français par droit d’héritage. La noblesse française ne pouvait accepter que la France ait un souverain étranger : depuis Philippe Auguste, c’est-à-dire depuis plus d’un siècle la royauté avait toujours lutté contre l’anglais pour récupérer la totalité des terres françaises occupées. Accepter ce roi aurait été la négation d’un siècle de luttes, c’est pourquoi on préféra un cousin français à un neveu anglais : Philippe VI de Valois fut couronné.
Deux grande nations naissantes, dominant l’Europe, allaient s’affronter en Normandie de 1337 à 1453. En 1346 Edouard III débarque à Saint-Vaast-la-Hougue, brûle Bayeux, pille Caen qui tente de résister. La Normandie est coupée en trois : l’est est tenu par le roi de Navarre allié aux Anglais, la plaine de Caen reste fidèle au roi de France, le Cotentin et l’Avranchin sont partisans des Anglais. A l’aube du XVe siècle la totalité de la Normandie est occupée par le roi anglais Henri V qui en 1417 confisque les biens de l’abbaye de Troarn pendant quelque temps Cependant il s’organise une résistance enflammée par l’exemple de Jeanne d’Arc brûlée à Rouen en 1431.
En 1450 les Français, mieux armés de nouveaux canons, libèrent la Normandie mais pas assez vite pour empêcher les Anglais de piller et d’incendier le cloître de l’abbaye de Troarn où des Français s’étaient retranchés. C’est lors de ces troubles que la chapelle Saint-Rémy de Foletot est rasée.
L’insécurité qui régna pendant la guerre de 100 ans porta un coup à l’économie normande. Les échanges se raréfièrent et la situation monétaire se dégrada. De nombreux Normands quittèrent le pays pour aller chercher fortune en Bretagne, en France et même en Allemagne. Pourtant, malgré les malheurs des temps, il y eut une période d’accalmie à la fin du XIVe siècle et les années 1386 à 1401 furent relativement tranquilles.
En étudiant un registre de tabellionage d’Argences - Troarn - Varaville (ensemble des actes notariés) on s’aperçoit qu’il régnait une grande activité dans les tansactions de cette petite région, probablement grâce à la richesse du sol et grâce au dynamisme de la population. Mais on s’aperçoit également de la pénurie de monnaie parce que ces transactions (achats de terres, de bétail, de grains) ne se payaient pas au comptant mais au moyen de constitution de rentes et de traites échelonnées. Cette rareté du numéraire était due aux impôts écrasants de la royauté pour faire face aux dépenses de la guerre, aux pillages anglais et aux paiements des rançons des seigneurs prisonniers que chacun devait acquitter pour aider son seigneur. Le registre de tabellionage nous apprend que les ventes de vignes, notamment à Foletot, étaient plus nombreuses que les prés plantés de pommiers, ce qui laisse penser que l’on consommait encore à cette époque plus de vin que de cidre.
Quelques noms de Sannervillais apparaissent dans ce registre : Faitheuze qui signifie « qui fait des heuzes ou bottes, c’est-à-dire un bottier, et Malbranque qui deviendra Malbranche, c’est-à-dire « mauvaise branche ».
On voit que les conséquences de la guerre de 100 ans ne furent pas aussi graves qu’on aurait pu le penser de prime abord, elles furent moindres, assurément, que celles engendrées au XVIe siècle par les ravages des guerres de religion, mais c’est une autre histoire.
Pascale et Emmanuel Louvet
(Article paru dans le bulletin municipal N°5 - fin 1984)
oct 07 29Le Moyen Age
Éléments de la vie rurale au Moyen-Age
Vers 1184, le duché normand comptait 800.000 habitants et ce chiffre fut double au 14e siècle. Fin 12e et 13e siècles les densités rurales étaient supérieures à celles des époques contemporaines parce que beaucoup de villages de la plaine de Caen ont été désertés par la suite dès la fin du moyen âge.
Cette expansion démographique s’est accompagnée d’une évolution technique considérable: emploi d’engrais, introduction des légumineuses dans l’assolement, amélioration de l’outillage agricole (fin 16e siècle on trouve en Normandie les premières herses). Dès le 12e siècle la Normandie a été la première à utiliser le marnage comme amendement. A la fin du 11e siècle les normands introduisent le cidre dans leur alimentation pour remplacer la cervoise faite à base d’orge, ce qui permit d’économiser l’orge pour faire du pain et faire ainsi face aux problèmes alimentaires d’une population sans cesse plus nombreuse.
La Normandie était devenue un duché prospère à la pointe du progrès agricole. Ce duché était remarquable dans deux autres domaines : l’administration et les finances. Les normands étaient parmi les meilleurs juristes et financiers du royaume de France. L’administration ducale était si remarquable qu’elle servait de modèle aux rois de France qui s’efforcèrent d’en copier les innovations.
L’abbaye de Troarn possédait des terres étendues : elle les concédait à des vassaux qui les exploitaient et en contre partie ceux-ci lui devaient redevances et corvées. En tant que vassaux de l’abbaye, les sannervillais payaient la dîme : en 1596, la dîme de Sannerville et de Touffreville rapportait 133 écus, celle de Bures 33 écus, Ils payaient également le cens, le surcens, le gablage (droit sur l’habitation), des rentes en nature et en argent. Les sannervillais payaient en plusieurs termes, mais la St Michel était le terme principal. Cependant c’étaient les corvées qui étaient les plus lourdes: service de transport et épandage du fumier, travail aux vignes, curage des cours d’eau, réparation des chemins, labourage, hersage… Ces services sont restés nombreux jusqu’au début du 14e siècle
A tout cela il convient d’ajouter les banalités : les vassaux étaient obligés d’utiliser le moulin de l’abbaye pour moudre le blé, ainsi que le pressoir à cidre et le four à pain moyennant redevance, ils n’avaient pas le droit de posséder leur propre four ou leur moulin, il y avait monopole.
L’abbé-baron de Troarn possédait dans sa baronnie, la moyenne et la basse justice : sous l’ancien régime, la justice n’était pas étatique, elle appartenait fragmentairement à tous les seigneurs locaux qui exerçaient haute, moyenne, basse justice en fonction de leur rang dans la société, du rang social des plaignants et de la gravité des infractions. Nous remarquons que l’abbé-baron ne possédait pas la haute justice car Roger Il ne la possédait pas lui-même et n’avait donc pu la transmettre ; il est probable qu’elle appartenait au Duc de Normandie.
Pain et soupe de légumes composent la plupart des repas. Les céréales dont les espèces étaient très nombreuses fournissaient la base de l’alimentation médiévale, même chez les riches elles représentaient les trois quarts des rations quotidiennes. A partir des farines de seigle, d’avoine, de blé noir, de froment, d’orge, on fabriquait des bouillies et des pains plats qui servaient d’assiettes. Le pain était dur et devait être ramolli dans la soupe. Dans les « Coutumes du four de Troarn » de 1311, on apprend qu’il existait plusieurs espèces de pain ; le pain d’orge (le plus répandu dans les classes populaires), le pain de froment sans sel, la tourte blanche de froment, la tourte bise de seigle (l’une de ces variétés était probablement le pain brié car le texte distingue deux préparations de la pâte dans la “brie” ou pétrin). Dans l’ensemble, sauf en période de famine, l’homme médiéval mangeait suffisamment mais de façon déséquilibrée ce qui engendrait des carences avec leur lot de maladies et de malformations.
A Sannerville sur les pentes du plateau troarnien riche en silex, poussait la vigne. Ce furent les moines qui en développèrent la culture parce qu’ils avaient besoin de vin pour dire la messe, mais elle fut abandonnée au milieu du 16e siècle à cause des biches et des sangliers qui dévastaient les champs de vignes. Il faut savoir que la forêt de Troarn était très importante, elle s’étendait jusqu’à Sannerville et c’est l’abbaye qui entreprit le défrichement d’une grande partie. Ceci explique la prolifération des biches et des sangliers. On cultivait la vouède ou guède, pastel des teinturiers, Les drapiers en faisaient grand usage. Il se faisait 2 ou 3 récoltes, quelque fois plus. La vouède était broyée dans des moulins spéciaux et convertie en blocs de pâte solide. Les abbés de Troarn possédèrent les moulins à vouède jusqu’au 16e siècle.
Jusqu’au 16e siècle les moines ont possédé les carrières de pierre de Sannerville, de là proviennent les matériaux de construction de l’église et des différents bâtiments de l’abbaye. La région tirait aussi son importance de la proximité de la mer. Le port voisin de Dives était l’un des hauts lieux normands (il avait été le port de départ pour la conquête de l’Angleterre), Puis l’importance de Dives a décru parce que la mer a perdu du terrain, le port s’est ensablé. Mais même au 16e siècle une forte mer couvrait de varech et de sable les herbages des fermiers du domaine de Cléville, à 5 lieues à l’intérieur des terre (environ 20 kms). En effet des bras de mer pénétraient largement à l’intérieur des terres. Un état des chemins de la baronnie de Troarn fut rédigé au début du 14e siècle. Ceci nous prouve avec quel soin les religieux assuraient les communications. La route de Troarn à Caen était plus onduleuse que l’actuelle route qui a été tracée à la fin du 18e siècle. Dans ses passages les plus étroits elle mesurait 24 pieds de large (environ 8 mètres).
(Article paru dans le bulletin municipal N°4 - 1984)
oct 07 29Du XIe au XIIIe Siècle
Sannerville du XIe au XIIIe siècle voit son sort lié à celui de Troarn et profite de la prospérité.
Les normands prennent possession du pays que le roi de France leur a concédé et rapidement ils procèdent au partage. C’est à la puissante famille des MONTGOMMERI-BELLEME qu’échoit notre région.
Qui sont nos nouveaux seigneurs ?
Les Montgommeri ont connu la fortune sous le duc Robert Le Magnifique qui régna de 1027 à 1035, père de Guillaume le Conquérant. Robert avait eu un début de règne difficile parce que l’héritier du duché était son frère aîné Richard III, mais il n’était pas homme à se laisser arrêter par cet obstacle et il résolut le problème en assassinant son frère.
Cet acte lui valut une certaine opposition des légitimistes normands, mais il trouva par contre un soutien ferme chez les Montgommeri qui ainsi devinrent ses favoris et bénéficièrent largement de sa reconnaissance.
Il leur donna de grandes terres, nombreuses mais très disséminées et par le jeu des mariages, ils devinrent les puissants comtes d’Alençon, d’Exmes, de Ponthieu.
Cependant cette illustre famille devait disparaître rapidement de la scène normande quand mourut, en 1217, Robert III ; suivi 2 ans après par son fils posthume Robert IV, le dernier des Montgommeri.
A ce moment le roi de France Philippe Auguste, qui depuis 1204 avait réintégré la Normandie à son domaine royal, profita de l’occasion pour diminuer la puissance de l’un des plus grands comtés normands et pour renforcer son autorité sur notre province.
En 1220, le roi reprit Alençon et l’Alençonnais. La fin des Montgommeri coïncide d’une façon troublante avec la fin de la Normandie comme duché indépendant.
Que c’est-il donc passé en Normandie pour que le dernier duc Jean en soit chassé par le roi de France ?
Les raisons d’un tel bouleversement sont toujours multiples, mais il y en a une particulièrement importante qui tient à la personnalité du duc Jean, personnage taré, malade et incapable. Les normands sont exaspérés par ses excès et ses absences et c’est pourquoi ils acceptent favorablement l’annexion à la France.
Philippe comprit qu’il fallait respecter l’originalité d’un duché qui avait été autonome pendant 300 ans. II confirma les privilèges des normands (tel le monopole de la navigation commerciale sur la basse Seine), les chartes urbaines et le système administratif fut laissé en place.
Cette politique intelligente ne freina pas l’essor économique de notre région et en 1250, l’archevêque de Rouen écrivait que l’Abbaye de Troarn était la plus riche du diocèse de Bayeux après Saint-Étienne de Caen.
Mais revenons à l’histoire de la baronnie de Troarn.
Elle comprenait : Basseneville, Béneauville, Bures, Démouville, Emiéville, Franqueville, Ranville, Sainte-Honorine, Janville, Lirose, Robehomme, Saint-Pair, Saint-Samson, Sannerville, Touffreville, Vimont.
Ainsi Sannerville, après avoir été dans la dépendance de Bures aux époques mérovingiennes et carolingiennes, tomba dans celle de Troarn, de par le bon vouloir des Montgommeri.
C’est en 1059, dans la charte de fondation de l’abbaye Saint-Martin de Troarn, que l’on trouve la première mention écrite de Sannerville.
La charte est signée de Roger de Montgommeri, avec l’accord du duc Guillaume.
On nous décrit Roger comme un personnage mesuré, sage et juste. Il était ami des abbayes et il en enrichit beaucoup. Outre conseiller de Guillaume le Conquérant, il était aussi son parent : l’arrière-grand-père de Guillaume, le duc Richard Ier, s’était marié à la façon “danoise” (c’est-à-dire sans façon ni formalité) avec Gonnor la danoise, grand-tante de Roger. Roger avait toujours été aux côtés de Guillaume, même aux époques difficiles du début de règne et l’avait accompagné à Hastings en 1066 ; Roger avait vu sa fidélité largement récompensée par l’attribution de grandes possessions en Angleterre et il était devenu l’un des plus puissants barons anglais.
C’est en Angleterre, en 1094, qu’il est mort et enterré.
Comme il était généreux, il dota l’abbaye de Troarn de nombreux biens. Il lui donna tout ce qu’il possédait à Troarn, à Bures et à Lirose ; ainsi que différentes églises et les terres qui dépendaient d’elles : Sainte-Croix et Saint-Gilles de Troarn, Saint-Ouen de Bures, Saint-Sylvain, Touffreville, Saint-Germain de Lirose, Notre-Dame de Janville, de Saint-Pair et de Sannerville.
Ces églises formaient l’exemption de Troarn : elles étaient exemptées des droits épiscopaux de Bayeux, elles avaient une sorte d’autonomie. Cette exemption était certes restreinte mais réelle et jusqu’à la révolution, les religieux troarnais s’efforcèrent d’en maintenir les droits.
La prospérité de l’abbaye était telle que dés 1080, elle acquit des terres à Sannerville et par la suite, tout du moins jusqu’au XIVe siècle, elle a toujours fait en sorte d’accroître ses possessions dans cette paroisse si proche d’elle.
Cela alla si loin qu’en 1329, Nicolas de Folletot fit un procès aux religieux à propos des acquisitions faites par eux dans son fief depuis 40 ans. Les religieux gardèrent leurs acquêts mais ils durent payer des rentes à Nicolas.
Sannerville, Lirose et Folletot étaient des paroisses distinctes, chacune possédant son église et son curé.

Carte de Cassini - fin XVIII
Jusqu’au XVIIIe siécle, le nom de Lirose se prononçait LIOROSE et il semble avoir subi l’influence du mot “lierre”.
Jusqu’à la révolution, son territoire dépendait de l’abbaye de Troarn, il débordait un peu au sud de la route de Caen.
Dans des textes du début du XVIe siècle on trouve la preuve de l’existence à Lirose d’un gros manoir qui appartenait lui aussi à l’abbaye de Troarn.
Comme à Sannerville, cette dernière eut toujours à Lirose beaucoup de terres et de rentes et procéda à une politique d’achat pour étendre son influence. Lirose a toujours été une petite paroisse et au XIVe siècle on recensait seulement 21 ménages.
Les terres étaient divisées en petites exploitations intensément cultivées. A la veille de 1789 on ne comptait plus qu’un ménage et le curé, dont le prédécesseur avait été assassiné par un vagabond dans son presbytère isolé.
De Sannerville dépendait la chapelle de Saint-Rémy de Foltot, le tout appartenant à l’abbaye. Dès 1068, l’abbaye possédait 43 acres de terres à Foltot. Le nom de Foltot est d’origine scandinave. Il existait une rivalité entre le curé de Banneville, dont la paroisse a toujours été indépendante, et la paroisse de Sannerville pour la possession de la chapelle Saint-Rémy.
Le 16 janvier 1116, Guillaume, prêtre de Banneville, et son fils Robert renoncèrent aux droits qu’ils prétendaient avoir sur cette chapelle. Mais cette querelle reprit plus tard entre l’abbaye et les curés de Banneville.
En 1215, à la suite d’un arbitrage, le curé de Banneville Thomas de Courcy abandonna ses prétentions et Foltot fut reconnue “église fille” de celle de Sannerville, c’est-à-dire qu’on y célébrait l’office mais que l’administration des sacrements appartenait au curé de Sannerville.
Il existait un manoir dont les fermages rapportaient encore, en 1596, 116 écus à l’abbaye de Troarn.
Toutes ces constructions ont disparu, mais il est probable que la chapelle et le manoir de Foltot se situaient sur l’emplacement de la ferme de notre regretté ami Monsieur Patris.
(Article paru dans le bulletin municipal N°3 - Avril 1984)
oct 07 29Les Normands
Les Normands ont débarqué
Sannerville a subi l’occupation romaine, puis l’occupation franque des premiers rois mérovingiens. La troisième occupation fut la plus importante car la plus durable et surtout la plus bénéfique: il s’agit de l’occupation normande du Xe siècle.
Qui donc étaient ces hommes venus du Nord ?
Les expéditions normandes débutent dès le VIIIe siècle et s’intensifient au IXe siècle. Ce sont des bandes de Danois et de Norvégiens qui quittaient leur pays d’origine pour des raisons démographiques et économiques (surpeuplement d’une terre pauvre) et pour des raisons sociales et politiques (on se débarrassait des indésirables et des rivaux trop turbulents en les envoyant au loin).
A l’origine, ils partaient plus avec un esprit de rapine qu’avec un esprit colonisateur, le butin était l’appât initial.
Ils étaient de grands navigateurs et savaient s’orienter dans le noir, ils montaient des barques ou « esnèques » (appelées à tort Drakkars) de 40 à 70 places, à fond plat et le peu de tirant d’eau leur permettait de remonter les rivières loin à l’intérieur du territoire écrémé.
Ils sévissaient par des coups de main rapides grâce à la grande mobilité de leur flottille. La résistance du pouvoir franc était pratiquement inefficace contre le harcèlement d’un ennemi insaisissable et imprévisible: l’organisation militaire franque en cavalerie était inadaptée pour ce genre de « guérilla » et la noblesse franque était peu motivée, car le sentiment patriotique n’existait pas à l’époque.
Les Normands, même après qu’ils aient eu une terre bien à eux, ont continué à parcourir le monde: ils ont fondé le royaume de Sicile et la principauté d’Antioche, ils ont conquis l’Irlande et le Pays de Galles.
En 910, un chef normand, Rollon, probablement un noble norvégien, tenta de s’emparer de Chartres mais il échoua.
Le roi carolingien Charles le Simple lui proposa un accord en 911 à Saint-Clair-sur-Epte : le roi lui concédait en fief les diocèses de Rouen, Evreux et Lisieux. En établissant ainsi les Normands comme ses vassaux, Charles le Simple désirait les pacifier et se les allier. Rollon promit au roi de France fidélité et paisible possession du pays concédé. Il tint parole et fut récompensé en 924 par l’octroi des diocèses de Bayeux et de Sées. En 933, Guillaume Longue Epée, deuxième Duc de Normandie, obtint le Cotentin et l’Avranchin qui étaient d’anciennes possessions bretonnes.
Avant que les Normands ne procèdent au partage de notre région, il existait déjà une immense seigneurie couvrant plusieurs hectares et une vaste paroisse religieuse dont le centre et le commandement était Bures-sur-Dives.
Les dépendances de Bures couvraient, en presque totalité, Touffreville, Sannerville, Saint-Pair et Janville. La terre de Troarn, qui coupait en deux ce territoire lui avait presque certainement appartenu jadis. Le château fort de Bures fut très important jusqu’au XIe siècle. C’est dans ce château que fut assassinée Mabire de Bellême en 1082 (elle était l’épouse de Roger de Montgommeri, le fondateur de l’Abbaye de Troarn).
La dernière mention que l’on trouve de ce château est en 1314, actuellement on ignore où il se situait. C’était probablement une butte entourée d’une palissade de pieux avec des aménagements intérieurs particulièrement sommaires. Ce n’est que plus tard, à partir du XIe siècle, qu’ont été dressés les immenses châteaux fortifiés en pierre, comme celui que l’on peut admirer à Caen.
En outre, dans l’ordre spirituel, l’église de Bures étendait son rayonnement jusqu’à Saint-Honorine la Chardronnette. Cette vaste paroisse existait déjà sous les Mérovingiens: l’église de Bures est dédiée à Saint Ouen, archevêque mérovingien de Rouen, ce qui est une preuve de la grande ancienneté de la paroisse de Bures.
Mais Bures vit son importance décliner au profit de Troarn, car en 1059 les nouveaux seigneurs normands choisirent Troarn pour y fonder une abbaye, ce qui permit au village de Troarn de connaître un développement rapide et une fortune croissante. Cet événement de 1059 a eu de grandes conséquences pour Sannerville.
C’est en 1059, dans la charte de fondation de l’abbaye de Troarn, que nous trouvons la première mention écrite du nom de Sannerville. Le nom est écrit en latin : SALNERII VILLA. c’est-à-dire le village du saulnier.
Au moyen âge, le sel est une denrée précieuse car il est, avec l’huile, le seul moyen de conserver la viande. Les communications étaient difficiles et peu rapides et il n’était pas possible de faire venir le sel des côtes atlantiques ou méditerranéennes.
On ne pouvait pas non plus faire évaporer l’eau de mer au soleil, parce que le soleil normand n’a jamais été assez vif pour cela. On dut alors utiliser le feu pour obtenir le sel. Les lieux d’ébullitions se situaient entre Sallenelles et Cabourg, on creusait des bassins de décantation où l’eau reposait avant l’ébullition finale dans des briquetages.
Cette dernière opération exigeait une grande quantité de bois et la proximité des bois de Bavent et de Bures était un sérieux avantage. Le chemin saulnier joignait Escoville à Falaise et il est probable qu’un saulnier se soit installé sur son trajet.
C’est donc à l’industrie et au commerce du sel que Sannerville dut son essor. Il ne faut pas imaginer que la mer venait à cette époque jusqu’à Sannerville et qu’il y ait eu des marais salants.
P. et E. LOUVET
(Article paru dans le bulletin municipal N°2 - 1984)
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