La vie difficile: Les XIVe et XVe siècles
Le Xllle siècle avait été une période prospère et notre région avait largement profité de l’essor économique général et de la paix.
Hélas le XIVe siècle débute mal pour tous : en 1315, 1316 et 1317 des pluies diluviennes s’abattent sur notre pays, ruinant les récoltes et entraînant une grave famine. La famine eut pour conséquence indirecte d’affaiblir les corps qui ne purent résister à l’épidémie de peste noire pulmonaire venue de Sicile en 1348. On pense que la population périt de 15 à 60% selon les villages. La peste, une fois installée, resta en sommeil pendant plusieurs siècles et c’est ainsi qu’en 1440 elle se réveilla et fit de grands ravages. Pour parachever les malédictions, la nuit de Noël 1390, un raz de marée submergea le littoral et détruisit une partie de la région.
II n’y eut que les catastrophes naturelles, l’homme y mit aussi sa malice : ce fut la guerre de 100 ans.
La Normandie fut le théâtre de la lutte entre rois de France et rois d’Angleterre, sa proximité de l’Angleterre en fit le lieu privilégié des débarquements anglais.
En 1259 les rois anglais avaient solennellement renoncé à leurs possessions en France, mais le nouveau roi Edouard III nourrit des ambitions sur les anciens territoires de ses ancêtres. Une querelle dynastique mit le feu aux poudres : de 1314 à 1328, 4 rois de France moururent sans laisser de descendance.
Qui allait succéder et régner ?
La mère du roi anglais Edouard était fille et soeur des rois français défunts, Edouard réclama le trône français par droit d’héritage. La noblesse française ne pouvait accepter que la France ait un souverain étranger : depuis Philippe Auguste, c’est-à-dire depuis plus d’un siècle la royauté avait toujours lutté contre l’anglais pour récupérer la totalité des terres françaises occupées. Accepter ce roi aurait été la négation d’un siècle de luttes, c’est pourquoi on préféra un cousin français à un neveu anglais : Philippe VI de Valois fut couronné.
Deux grande nations naissantes, dominant l’Europe, allaient s’affronter en Normandie de 1337 à 1453. En 1346 Edouard III débarque à Saint-Vaast-la-Hougue, brûle Bayeux, pille Caen qui tente de résister. La Normandie est coupée en trois : l’est est tenu par le roi de Navarre allié aux Anglais, la plaine de Caen reste fidèle au roi de France, le Cotentin et l’Avranchin sont partisans des Anglais. A l’aube du XVe siècle la totalité de la Normandie est occupée par le roi anglais Henri V qui en 1417 confisque les biens de l’abbaye de Troarn pendant quelque temps Cependant il s’organise une résistance enflammée par l’exemple de Jeanne d’Arc brûlée à Rouen en 1431.
En 1450 les Français, mieux armés de nouveaux canons, libèrent la Normandie mais pas assez vite pour empêcher les Anglais de piller et d’incendier le cloître de l’abbaye de Troarn où des Français s’étaient retranchés. C’est lors de ces troubles que la chapelle Saint-Rémy de Foletot est rasée.
L’insécurité qui régna pendant la guerre de 100 ans porta un coup à l’économie normande. Les échanges se raréfièrent et la situation monétaire se dégrada. De nombreux Normands quittèrent le pays pour aller chercher fortune en Bretagne, en France et même en Allemagne. Pourtant, malgré les malheurs des temps, il y eut une période d’accalmie à la fin du XIVe siècle et les années 1386 à 1401 furent relativement tranquilles.
En étudiant un registre de tabellionage d’Argences - Troarn - Varaville (ensemble des actes notariés) on s’aperçoit qu’il régnait une grande activité dans les tansactions de cette petite région, probablement grâce à la richesse du sol et grâce au dynamisme de la population. Mais on s’aperçoit également de la pénurie de monnaie parce que ces transactions (achats de terres, de bétail, de grains) ne se payaient pas au comptant mais au moyen de constitution de rentes et de traites échelonnées. Cette rareté du numéraire était due aux impôts écrasants de la royauté pour faire face aux dépenses de la guerre, aux pillages anglais et aux paiements des rançons des seigneurs prisonniers que chacun devait acquitter pour aider son seigneur. Le registre de tabellionage nous apprend que les ventes de vignes, notamment à Foletot, étaient plus nombreuses que les prés plantés de pommiers, ce qui laisse penser que l’on consommait encore à cette époque plus de vin que de cidre.
Quelques noms de Sannervillais apparaissent dans ce registre : Faitheuze qui signifie « qui fait des heuzes ou bottes, c’est-à-dire un bottier, et Malbranque qui deviendra Malbranche, c’est-à-dire « mauvaise branche ».
On voit que les conséquences de la guerre de 100 ans ne furent pas aussi graves qu’on aurait pu le penser de prime abord, elles furent moindres, assurément, que celles engendrées au XVIe siècle par les ravages des guerres de religion, mais c’est une autre histoire.
Pascale et Emmanuel Louvet
(Article paru dans le bulletin municipal N°5 - fin 1984)
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