Sannerville avant la conquête normande

Des origines au IXe siècle

Pendant les périodes préhistoriques du néolithique et du paléolithique, notre région était recouverte par la mer.

Seul le plateau de Manneville émergeait et des fouilles entreprises en 1942 ont mis au jour des vestiges néolithiques. Il s’agissait donc d’un plateau occupé par une population qui exploitait les riches limons.

Dès 1942, on découvrait à Manneville les vestiges d’une villa gallo-romaine. Le nom de Manneville serait en fait le latin « magna villa ». On mit au jour des poteries, une amphore et des pièces de bronze romaines.

En ce qui concerne Sannerville, on découvrit à Lirose dès 1943 une pièce de bronze romaine.

En 1982, les fouilles entreprises de part et d’autre du chemin Saulnier, qui va d’Escoville à Cagny en passant au N.-O. de Lirose, ont mis au jour une habitation gallo-romaine. Il semble qu’il s’agisse là d’une exploitation agricole assez primitive. La présence de ce bâtiment nous conduit à supposer que le chemin Saulnier était une très ancienne voie gallo-romaine.

Période Gallo-Romaine - Fouilles à Sannerville en 1983 - cabane 1

 

Période Gallo-Romaine - Fouilles à Sannerville en 1983 - cabane 2

Lors des fouilles d’une nécropole à Lirose, on devait mettre au jour des objets anglo-saxons très anciens provenant du sud de l’actuelle Angleterre (région du Dorset).

Donc, il existait des échanges commerciaux avec le monde saxon, et ces courants n’ont jamais été interrompus, malgré les raids saxons du IIIe siècle et malgré la disparition du pouvoir romain au Ve siècle.

En effet, dès le IIIe siècle, l’ordre romain a été fortement troublé et la Manche a servi de voie de passage aux pillards saxons qui déferlèrent sur nos côtes.

Au Ve siècle, on assiste à la ruée des envahisseurs germains et francs en Gaule, ils finissent par provoquer la chute de Rome et de son empire.

La période mérovingienne (VIe au VIIIe siècle) nous est connue grâce aux fouilles des services archéologiques.

C’est en 1972, à l’occasion d’un labour profond, que l’on découvrit la nécropole de Sannerville. En 3 ans, on devait mettre au jour cent vingt sépultures. Les tombes étaient orientées est-ouest ; elles étaient intactes et non pillées ; elles s’échelonnaient du Ve au VIIe siècle.

Les morts avaient été inhumés habillés avec de nombreux objets (pièces, épées, broches) qui prouvaient la présence des Francs. Les squelettes, malgré un mauvais état de conservation, étaient ceux d’une population méditerranéenne venue il y a 5 500 ans, de constitution peu robuste et aux membres graciles. Ils sont semblables à ceux trouvés dans les nécropoles de Giberville, de Frénouville et d’Hérouvillette, ce qui confirme l’homogénéité de la population locale.

Ils sont nos ancêtres directs malgré la venue de la race normande : en effet, les Normands étaient très peu nombreux et ils n’avaient pas amené de femmes de leur race, en conséquence le mélange des race a été immédiat et la pure race normande a été rapidement estompée. Mais elle n’a pas entièrement disparu; il y a des résurgences dans des régions isolées comme le Cotentin, résurgences que nous constatons par l’existence du groupe sanguin B- qui est d’origine slave.

Lors de l’analyse du résultat des fouilles, deux remarques importantes ont été faites: il y a un très grand nombre de tombes d’hommes portant des armes et ces tombes-là sont regroupées et forment un noyau homogène au centre et au sud de la nécropole.

On conclut qu’il s’agirait de notables locaux ayant eu un pouvoir délégué par l’occupant franc, ayant été autorisés à porter une arme et inhumés dans un secteur privilégié de la nécropole.

La délégation de pouvoir serait intervenue entre 511 et 534, période pendant laquelle les Francs ont conquis notre région. Ces hommes auraient peut-être été des habitants collaborant avec le pouvoir d’occupation franc.

On se pose la question de savoir où se trouvait le village de ces hommes. Plusieurs indices s’accordent à nous prouver que le village n’était pas très loin; en effet, le nom de la parcelle où se situe la nécropole est « Delle Saint Germain ». Or, au VIle siècle, on sait qu’un nom en « St-Germain » signifiait qu’on y avait bâti une église.

Par conséquent on peut penser que le village se trouvait près de l’église sur la même parcelle. Cette église a totalement disparu mais les fouilles ont mis au jour quatre petites cabines de bois, de pierre et de torchis, ainsi qu’une zone de passage (peut-être une cour) de part et d’autre du chemin Saulnier.

Serait-ce là l’emplacement initial du village de Lirose? Ces cabanes en bois ont rapidement disparu, pourries par le temps, et l’archéologue ne peut plus identifier les lieux d’habitation de nos ancêtres que part les nécropoles.

En conclusion, notre région a été un carrefour de civilisations romaine, anglo-saxonne et franque.

P. et E. LOUVET, A. CHERRIERE

(Article paru dans le bulletin municipal N°1 - 1983)