Les Normands ont débarqué
Sannerville a subi l’occupation romaine, puis l’occupation franque des premiers rois mérovingiens. La troisième occupation fut la plus importante car la plus durable et surtout la plus bénéfique: il s’agit de l’occupation normande du Xe siècle.
Qui donc étaient ces hommes venus du Nord ?
Les expéditions normandes débutent dès le VIIIe siècle et s’intensifient au IXe siècle. Ce sont des bandes de Danois et de Norvégiens qui quittaient leur pays d’origine pour des raisons démographiques et économiques (surpeuplement d’une terre pauvre) et pour des raisons sociales et politiques (on se débarrassait des indésirables et des rivaux trop turbulents en les envoyant au loin).
A l’origine, ils partaient plus avec un esprit de rapine qu’avec un esprit colonisateur, le butin était l’appât initial.
Ils étaient de grands navigateurs et savaient s’orienter dans le noir, ils montaient des barques ou « esnèques » (appelées à tort Drakkars) de 40 à 70 places, à fond plat et le peu de tirant d’eau leur permettait de remonter les rivières loin à l’intérieur du territoire écrémé.
Ils sévissaient par des coups de main rapides grâce à la grande mobilité de leur flottille. La résistance du pouvoir franc était pratiquement inefficace contre le harcèlement d’un ennemi insaisissable et imprévisible: l’organisation militaire franque en cavalerie était inadaptée pour ce genre de « guérilla » et la noblesse franque était peu motivée, car le sentiment patriotique n’existait pas à l’époque.
Les Normands, même après qu’ils aient eu une terre bien à eux, ont continué à parcourir le monde: ils ont fondé le royaume de Sicile et la principauté d’Antioche, ils ont conquis l’Irlande et le Pays de Galles.
En 910, un chef normand, Rollon, probablement un noble norvégien, tenta de s’emparer de Chartres mais il échoua.
Le roi carolingien Charles le Simple lui proposa un accord en 911 à Saint-Clair-sur-Epte : le roi lui concédait en fief les diocèses de Rouen, Evreux et Lisieux. En établissant ainsi les Normands comme ses vassaux, Charles le Simple désirait les pacifier et se les allier. Rollon promit au roi de France fidélité et paisible possession du pays concédé. Il tint parole et fut récompensé en 924 par l’octroi des diocèses de Bayeux et de Sées. En 933, Guillaume Longue Epée, deuxième Duc de Normandie, obtint le Cotentin et l’Avranchin qui étaient d’anciennes possessions bretonnes.
Avant que les Normands ne procèdent au partage de notre région, il existait déjà une immense seigneurie couvrant plusieurs hectares et une vaste paroisse religieuse dont le centre et le commandement était Bures-sur-Dives.
Les dépendances de Bures couvraient, en presque totalité, Touffreville, Sannerville, Saint-Pair et Janville. La terre de Troarn, qui coupait en deux ce territoire lui avait presque certainement appartenu jadis. Le château fort de Bures fut très important jusqu’au XIe siècle. C’est dans ce château que fut assassinée Mabire de Bellême en 1082 (elle était l’épouse de Roger de Montgommeri, le fondateur de l’Abbaye de Troarn).
La dernière mention que l’on trouve de ce château est en 1314, actuellement on ignore où il se situait. C’était probablement une butte entourée d’une palissade de pieux avec des aménagements intérieurs particulièrement sommaires. Ce n’est que plus tard, à partir du XIe siècle, qu’ont été dressés les immenses châteaux fortifiés en pierre, comme celui que l’on peut admirer à Caen.
En outre, dans l’ordre spirituel, l’église de Bures étendait son rayonnement jusqu’à Saint-Honorine la Chardronnette. Cette vaste paroisse existait déjà sous les Mérovingiens: l’église de Bures est dédiée à Saint Ouen, archevêque mérovingien de Rouen, ce qui est une preuve de la grande ancienneté de la paroisse de Bures.
Mais Bures vit son importance décliner au profit de Troarn, car en 1059 les nouveaux seigneurs normands choisirent Troarn pour y fonder une abbaye, ce qui permit au village de Troarn de connaître un développement rapide et une fortune croissante. Cet événement de 1059 a eu de grandes conséquences pour Sannerville.
C’est en 1059, dans la charte de fondation de l’abbaye de Troarn, que nous trouvons la première mention écrite du nom de Sannerville. Le nom est écrit en latin : SALNERII VILLA. c’est-à-dire le village du saulnier.
Au moyen âge, le sel est une denrée précieuse car il est, avec l’huile, le seul moyen de conserver la viande. Les communications étaient difficiles et peu rapides et il n’était pas possible de faire venir le sel des côtes atlantiques ou méditerranéennes.
On ne pouvait pas non plus faire évaporer l’eau de mer au soleil, parce que le soleil normand n’a jamais été assez vif pour cela. On dut alors utiliser le feu pour obtenir le sel. Les lieux d’ébullitions se situaient entre Sallenelles et Cabourg, on creusait des bassins de décantation où l’eau reposait avant l’ébullition finale dans des briquetages.
Cette dernière opération exigeait une grande quantité de bois et la proximité des bois de Bavent et de Bures était un sérieux avantage. Le chemin saulnier joignait Escoville à Falaise et il est probable qu’un saulnier se soit installé sur son trajet.
C’est donc à l’industrie et au commerce du sel que Sannerville dut son essor. Il ne faut pas imaginer que la mer venait à cette époque jusqu’à Sannerville et qu’il y ait eu des marais salants.
P. et E. LOUVET
(Article paru dans le bulletin municipal N°2 - 1984)
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