Les fermes de Sannerville au cours du 20ème siècle

Ces fermes faisaient vivre une vingtaine de personnes toute l’année. En saison, on avait recours à des saisonniers ou tâcherons pour effectuer entre autre, la fenaison, la moisson, le «démariage» et l’arrachage des betteraves, l’arrachage des pommes de terre, la récolte des pommes et le travail du bois. Pour tous ces travaux, les fermes avaient leurs habitués qui revenaient régulièrement le personnel de la Société Métallurgique de Normandie qui travaillait en équipe en faisait partie. En pleine saison, lorsqu’il manquait des bras à Sannerville, les fermiers se rendaient alors au bureau de placement de la rue Pémagnie à Caen pour compléter les effectifs.

Les horaires pratiqués n’avaient rien à voir avec ce que nous connaissons maintenant : pendant la moisson les journées commençaient à cinq heures du matin pour se terminer à vingt deux heures avec une heure ou une heure et demie pour le déjeuner du midi et sans repos hebdomadaire. Les autres mois de l’année, les horaires étaient en général de six heures du matin à dix neuf heures le soir avec le dimanche en congé. Ce jour là, les hommes en profitaient pour travailler dans leur jardin et faire du bois. Une coutume de cette époque qui a disparu : les fermiers vendaient des arbres morts que les acquéreurs devaient ensuite débiter, c’était souvent l’occupation du dimanche!

Les ouvriers agricoles étaient nourris par leur employeur: quelquefois bien, quelquefois moins bien, cela dépendait des maisons. Chacune avait sa réputation en l’occurrence: bonne ou mauvaise, selon le cas.

Les salaires n’étaient pas élevés, rien à voir avec les salaires pratiqués à l’usine; les ouvriers de la Métallurgie faisaient la différence mais appréciaient: néanmoins ce complément de revenu. Les saisonniers, pour la plupart, étaient payés à la tâche et pour gagner correctement sa vie, il fallait beaucoup travailler.

La vie était difficile pour tous ces paysans qui devaient énormément travailler pour gagner leur vie ; néanmoins, ils retiraient beaucoup de satisfactions de ce travail, vivant très près de leurs animaux et de la nature. Malheureusement, la folie des hommes allait changer le cours des choses: la guerre de 1940 devait bouleverser la vie de la plupart de ces familles. En 1944, toute la population de Sannerville connût l’exode et le retour fut douloureux. : les exploitations avaient disparus, les animaux qui avaient eux aussi connu l’exode étaient pour la plupart décimés, certains champs étaient minés et dangereux. Tout était à reconstruire.

Seulement quelques fermes purent reprendre et avec beaucoup de difficultés leur exploitation. Après les hostilités, les deux tiers des fermes cessèrent leur activité. On retrouve seulement les fermes : Bosquet, Fouques, Hébert, Joly, Méhedin - Léon et Sourdin. En l’an 2000, il ne reste plus qu’une petite ferme, les autres se sont éteintes au cours des cinquante dernières années. Les terres ont été louées, d’autres ont été vendues comme terrain à bâtir et les habitations fermières sont devenues des maisons d’habitation avec un petit coin de jardin.

Avant la deuxième guerre mondiale, la vie de nos paysans était presque comparable à celle des siècles précédents: certes, le matériel s’était un peu amélioré mais toutes les tâches se faisaient encore à la main et demandaient beaucoup de temps et beaucoup d’énergie; les journées de travail, surtout l’été, étaient longues et épuisantes; en période de canicule, les hommes étaient exténués de fatigue.

Malgré tout cela, pour les anciens qui ont vécu cette période, le souvenir qui reste en mémoire et qui prédomine est la convivialité qui existait entre eux. Tous ces gens étaient tributaires du temps et avaient bien compris qu’ils devaient s’entraider: c’était naturel, aiment-ils préciser. L’entraide faisait partie du quotidien: pas question de laisser un voisin dans l’embarras, si l’on pouvait lui venir en aide.

Ces commentaires ont débouché tout naturellement sur la vie actuelle, en ce début de vingt et unième siècle. Le constat de nos anciens: pourquoi sommes-nous devenus aussi individualistes et indifférents aux autres? Bien sûr, nous n’avons pas eu de réponse et cela a suscité en nous une réflexion qui a débouché en interrogation: peut être que la télévision et Internet nous ont rendus plus curieux sur ce qui se passe au bout du monde et moins intéressés par nos proches. Une ancienne a illustré cette constatation en racontant qu’il lui arrivait de partir à l’école de Sannerville, alors qu’elle était petite fille dans les années 1930, avec un ou deux pots de confiture, pour donner à telle ou telle personne qui était seule, malade ou seulement pour faire plaisir. Certes, en ce nouveau millénaire, nous connaissons tous des personnes très généreuses mais la tendance générale ne serait-elle pas au repli sur soi ?