Le rôle économique et social du conseil municipal au 19ème siècle

C’est au cours d’une lecture des registres municipaux que l’on a découvert l’existence d’une fabrication de dentelle à Sannerville.

En effet le 7 Avril 1847, le Conseil apprenait avec consternation qu’un nombre assez considérable d’ouvriers en dentelle était renvoyé par leur maître pour lequel ils travaillaient depuis longtemps. Le Conseil prend conscience qu’il est urgent de leur procurer de l’occupation, de “les tirer de l’oisiveté si souvent funeste”. II décide d’utiliser une partie des fonds destinés à la construction de l’école, qui a été ajournée, pour donner du travail aux chômeurs. Les dentelles effectuées dans cet atelier devenu communal seront ensuite vendues par la commune qui se remboursera de la somme avancée (500 francs).

Voici un exemple très intéressant d’interventionnisme économique, de “socialisme municipal” d’une commune qui se substitue à l’employeur privé défaillant. Cette intervention a d’ailleurs probablement permis à cet artisanat de subsister quelques années car en 1903, à la demande du préfet, le Conseil recense 10 ouvrières fabriquant de la dentelle au bloquet (bobine à manche). Certaines d’entre-elles sont susceptibles d’enseigner leur art qui tend à disparaître et le Conseil vote une subvention afin de payer une ou plusieurs maîtresses de travail qui accepteront de prendre des apprenties et de leur enseigner leur art.

Si le Conseil a eu un rôle économique au 19ème siècle, il a eu aussi un rôle social important.

II vient régulièrement en aide aux indigents en distribuant pain et viande, en payant les frais médicaux et l’hospitalisation des infirmes, en admettant gratuitement à l’école les enfants pauvres et en participant aux frais de fournitures scolaires.

Cependant, il refuse parfois d’être la vache à lait.

Dans une délibération il refuse de payer l’hospitalisation d’un homme de 49 ans, ouvrier tuilier au salaire de 6 francs par jour, jouissant également du salaire de son fils, suffisamment aisé pour “entretenir une femme chez lui et qui s’il était un peu plus rangé, sa maladie se guérirait d’elle-même…”.

II veut bien aider ceux qui le méritent, ceux qui pendant toute leur vie ont donné l’exemple d’une vie irréprochable consacrée au travail. II a des principes strictes et malheur à celui qui choque sa morale. Ne condamnons pas trop vite ce rigorisme parce qu’il se justifie par le nombre important d’indigents que le Conseil doit secourir.

En 1855, on dénombre 66 indigents pour une population de 600 habitants, soit 11% de la population, c’est considérable. Cette année-là on doit distribuer 1,500 kg de pain par semaine par personne et occuper 10 hommes à raison de 1 F par jour pendant 3 mois. La charge est lourde pour cette petite commune, c’est pourquoi l’aide n’est accordée que lorsqu’il y a absolue nécessité.

P. et E. LOUVET

(Article paru dans le bulletin municipal N°11 - Décembre 1987)