QUAND LE TRAIN S’ARRETAlT A SANNERVILLE
En 1881, la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest inaugure la ligne CAEN-DOZULE qui transportera des voyageurs, des marchandises et des bestiaux jusqu’à la seconde guerre mondiale.
C’est un train omnibus qui fait halte à Giberville, Démouville, Sannerville, Troarn, Basseneville et Dozulé.
A Dozulé on pouvait prendre une correspondance qui reliait MEZIDON à CABOURG.
C’était ce train qu’empruntaient les Caennais qui allaient aux bains de mer.
Le train avait d’ailleurs beaucoup de succès l’été, à tel point que la Compagnie dut doubler la ligne régulière par des trains supplémentaires qui ne s’arrêtaient pas à SANNERVILLE afin que les estivants arrivent le plus rapidement possible à CABOURG et aux autres stations balnéaires voisines.

Le premier train de la ligne régulière arrivait en gare de SANNERVILLE vers 7h, il amenait le courrier de CAEN et avait mis 20 minutes. II atteignait TROARN 10 minutes plus tard. II roulait à la vitesse de 30 à 40 km/h et peinait dans la côte de TROARN.

La ligne suivait en gros le tracé de la route nationale CAEN-ROUEN, on peut encore remarquer les petites maisons jaunes qui bordaient la ligne et qui étaient les petites gares.
Le train repassait en direction de CAEN vers 8h30, puis il faisait halte en gare de SANNERVILLE 5 fois dans la journée, en moyenne toutes les deux heures.
Le dernier train repartait sur CAEN à 22h en emportant le courrier.
Sachant que l’été le trafic était doublé, on peut facilement imaginer l’importance de la ligne.
La locomotive marchait au charbon, les feux avant et arrière du train étaient en fait des lanternes à pétrole, remplies et entretenues par un lampiste à CAEN et par un autre à DOZULE.
A chaque station, un employé descendait pour annoncer en criant le nom de la ville, il chargeait les bagages et sonnait les roues pour vérifier qu’il n’y ait pas de fêlure dans l’acier.
Le train comportait 3 classes :
les 1ères étaient fréquentées par les riches et par les officiers, c’étaient des banquettes capitonnées de 3 places.
Les secondes comportaient des banquettes de 4 où l’on pouvait rencontrer les sous-officiers.
En 3ème les soldats et les moins fortunés s’entassaient sur des banquettes en bois de 5 places.
II y avait des compartiments fumeurs et non fumeurs, afin que les messieurs n’incommodent pas les dames.
Le plancher était aménagé pour pouvoir y glisser des chaufferettes de tôle remplies d’eau chaude à CAEN et à DOZULE. C’était un chauffage bien médiocre mais qui fut amélioré vers 1908-1909 par l’installation d’un chauffage central alimenté par la locomotive.
En 1932 l’aller-retour CAEN-TROARN coûtait 3F15.
II existait aussi des trains spéciaux de marchandises. A DEMOUVILLE, il y en avait un tous les jours pendant la saison des betteraves pour alimenter la sucrerie BOUCHON.
La Compagnie mettait à la disposition des voyageurs un train supplémentaire le dimanche suivant Pâques car à CAEN se tenait la grande foire de manèges et d’attractions le long de la prairie.
La Compagnie de l’Ouest fut vendue à l’Etat et c’est la SNCF qui géra la ligne jusqu’en 1940.
En 1943 les allemands prirent les rails et démontèrent la ligne.
Le 18 juillet 1944, la gare est détruite lors de l’opération Goodwood.

19 juillet 1944 - ©IWM
Après le débarquement la SNCF restaura la ligne jusqu’à TROARN seulement mais les voyageurs la boudaient, ils préféraient l’autobus et ils étaient de plus en plus nombreux à posséder leur propre voiture.
En 1952 ce fut l’arrêt définitif de la ligne qui n’était plus rentable. La route avait tué le rail.
La gare existe toujours, au 7 rue de la Libération. C’est aujourd’hui une maison d’habitation.
P. et E. LOUVET
(Article paru dans le bulletin municipal N°12 - Mai 1988)
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