L’ÉCOLE SE DECLINE AUSSI AU FEMININ
Au XIXe siècle le garçon est tout et la fille est peu, en conséquence l’école tant désirée sera essentiellement masculine. Mais peu à peu les filles vont gagner le droit à l’instruction.
Leur aventure commence vers 1850 quand elles sont confiées à une institutrice qui doit leur apprendre en priorité la couture, le tricot et la broderie “afin qu’elles ne soient pas à charge de leur famille en attendant d’être à la charge d’un éventuel époux”. Dans cette phrase on peut mesurer le mépris et le manque de considération que l’homme du XIXe siècle avait pour la femme: ne semble-t-elle pas peinte sous les traits d’un boulet improductif ?
Cette rivalité entre travail intellectuel et travail essentiellement manuel va se cristalliser dans le conflit qui oppose une institutrice et une maîtresse de l’ouvroir communal. L’ouvroir communal était un atelier où les jeunes filles apprenaient la broderie, la couture… En 1856 plus de 30 jeunes filles étaient inscrites à l’ouvroir, en 1859 il ne restait plus que 4 ou 5 adhérentes. Pourquoi cette désertion de l’ouvroir? Le CM décide de mener l’enquête et va interroger les parents. II ressort de l’enquête qu’il y a un défaut de surveillance de la maîtresse de l’ouvroir qui n’y fait que de rares apparitions. Les élèves sont livrées à elles-mêmes et ne font aucun progrès. La maîtresse interrogée avoue qu’elle est surtout obligée de travailler pour l’institutrice qui chapeaute l’ouvroir annexé à l’école. Le CM démissionne la maîtresse de l’ouvroir et la remplace par une autre plus active et moins soumise à l’institutrice soupçonnée de vouloir sacrifier le travail manuel au profit du travail intellectuel. Mais le litige renaît entre la nouvelle maîtresse de l’ouvroir et l’institutrice. Le CM tranche en faveur du travail manuel qui doit primer parce que la plupart des Sannervillais sont nécessiteux et que les enfants doivent avant tout apprendre un métier. La culture générale ne paie pas encore. L’ouvroir devient donc indépendant de l’école, l’institutrice n’a plus d’autorité sur la maîtresse de l’ouvroir.
Dès 1856 on décide d’offrir un bâtiment à l’école des filles qui sont probablement moins bien logées que les garçons. Le choix se porte sur une maison située au centre du hameau des carrières. On estime la dépense à 5 500 F : la maison est achetée 2 250 F en 1857 et les travaux s’élèvent à 3225 F. Mais l’argent fait toujours cruellement défaut à Sannerville. On demande un secours de 2000 F au préfet en insistant sur les lourds sacrifices effectués par notre pauvre petite commune. Deux ans se passent et l’année 1858 n’a toujours pas vu arriver les secours, on interrompt les travaux et on renouvelle l’appel aux secours. Toujours rien, de guerre lasse on suspend le projet jusqu’en 1883 où la conjoncture économique semble meilleure.
En 1883 Sannerville compte 464 habitants, Touffréville 164 et Banneville 141. Cette année-là, on choisit un terrain convenable.
II s’agit d’une pièce de terre nommée “La Hogue”. Mais la propriétaire refuse de vendre et propose un autre terrain “Le Cloqueux” pour la somme de 1 000 F. La commune refuse ce terrain situé en contrebas de la route, humide et qui plus est grevé d’un droit de vue. En effet la propriétaire avait passé ultérieurement un contrat notarié avec le propriétaire du château de Sannerville M. Le Chartier qui interdisait de construire ou de déposer quoique ce soit sur ce terrain afin de ne pas boucher la vue du château. Enfin le prix réclamé est le double du prix réel. Le CM qui a définitivement choisi “La Hogue” entame une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique afin de faire céder la propriétaire récalcitrante. On évalue le coût du projet à 23000 F (achat du terrain, construction, mobilier scolaire) et on demande une subvention de 8500 F au ministère de l’instruction. Le restant sera couvert par un emprunt de 7000 F à la caisse des lycées remboursable sur 30 ans.
P. et E. LOUVET
(Article paru dans le bulletin municipal N°10 - Juin 1987)
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