L’ambition de s’instruire: un feuilleton scolaire qui dura un siècle
1er épisode : Le désir et l’attente
Le 25 germinal an XII (1802) les conseils de Sannerville, Lirose et Touffréville décident d’établir une école primaire à Sannerville.
Une ère nouvelle est arrivée: celle de l’instruction.
Les petits sannervillais vont devoir marcher avec le progrès et de l’ambition de cette jeunesse dépendra le bien-être futur de la commune. Comme il n’y a pas de logement disponible pour l’instituteur, la municipalité s’engage à lui verser une indemnité de 100 F, quant aux appointements ils seront constitués par une rétribution mensuelle fournie par les parents allant de 1,20 F à 40 c en fonction du niveau scolaire de leur enfant.
Hélas, les candidats au poste ne se bousculent pas et personne ne se présente. En 1826 on fait une deuxième tentative pour allécher un éventuel candidat : on augmente de 20 F l’indemnité de logement. Mais personne. Pourquoi cet insuccès? D’abord les gens qui savent lire et écrire sont peu nombreux et puis quand l’offre est supérieure à la demande ils choisissent le meilleur poste, le mieux rétribué avec des garanties. Or à Sannerville il n’y a pas de garantie puisque ce sont d’hypothétiques élèves qui verseront les appointements, seront-ils assez nombreux pour assurer un revenu décent à l’instituteur? Aucun instituteur ne semble vouloir courir le risque.
Alors en 1833 le conseil se réunit pour étudier une autre solution. Sannerville compte 525 âmes, c’est un nombre suffisant pour qu’elle possède à elle seule une école primaire mais elle est loin d’avoir les moyens de faire face aux dépenses ordinaires communales. Le conseil propose donc à Touffréville et à Banneville de se grouper et ainsi répartir le coût de l’école. On propose même de louer le local en attendant les fonds nécessaires à une acquisition ou à une construction. Ces propositions, pour si alléchantes qu’elles soient, laissent de marbre nos deux voisines.
2e épisode : une enfance difficile
En 1834 le conseil passe aux grands moyens et vote une contribution extraordinaire de 3 c par personne qui permettra de payer pendant un an un instituteur et de le loger. C’est une victoire car un instituteur sa présente: Jean Charles Gustave Molland.
Hélas, la victoire n’est pas totale car le premier instituteur de Sannerville ne donne pas satisfaction aux parents qui, en grande partie, ont retiré leurs enfants de l’école pour les inscrire dans les écoles des communes voisines ! Avoir tant lutté et tant espéré pour ce résultat est vraiment démoralisant. En 1835 le conseil riposte en refusant de voter les crédits, il ne les votera que lorsqu’il existera une école convenablement organisée. Et même il ajoute qu’à ce moment-là il votera des bourses pour les enfants des familles indigentes qui se seront distinguées par leur mérite.
Le 22 mars 1836, François Théodore Aubert est nommé instituteur à la place de l’ancien qui a préféré démissionner. Il reçoit 100 F pour son logement et 200 F de traitement. En outre les municipalités de Sannerville et de Touffréville déboursent 400 F pour l’ameublement de l’école.
Maintenant l’école fait entièrement partie de la vie communale, son intégration est totale.
3e épisode : la maturité
Dès 1843 la commune investit dans l’achat d’un terrain de 10 acres dans le centre du village pour le prix de 907 F : on y bâtira l’école. En fait quatre ans plus tard rien n’est encore fait. Le conseil, demandant un « sacrifice considérable » à la population, vote un impôt extraordinaire et sollicite un secours financier auprès du ministère de l’Instruction. On estime les frais de construction à 8500 F. Banneville participera à l’effort en versant 134 F, ce qui est bien faible et Sannerville se sent flouée.
Enfin un rebondissement dans l’affaire: on apprend qu’une petite maison et un terrain vont être mis en vente le 23 février 1849, ce qui conviendrait parfaitement à une école primaire. La commune achète le tout 3175 F, il faudra ajouter 2600 F pour les travaux et les aménagements. Pour trouver l’argent la commune vend un terrain, le ministère de l’Instruction publique accorde un secours de 2000 F et on emprunte 5000 F. Le solde sera financé par un impôt exceptionnel. Remarquons que tous ces impôts dits « exceptionnels ou extraordinaires » sont demeurés permanents car toujours reconduits!
Enfin, comble de la démocratie, en 1850 on admet gratuitement les enfants indigents à l’école. Une petite ombre toutefois est à mettre à ce tableau, il n’y aura pas de cantine scolaire car la commune est trop pauvre et ce même jusqu’en 1906 où le conseil refusera encore d’en organiser une.
P. et E. LOUVET.
(Article paru dans le bulletin municipal N°9 - Décembre 1986)
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