Sannerville du XIe au XIIIe siècle voit son sort lié à celui de Troarn et profite de la prospérité.
Les normands prennent possession du pays que le roi de France leur a concédé et rapidement ils procèdent au partage. C’est à la puissante famille des MONTGOMMERI-BELLEME qu’échoit notre région.
Qui sont nos nouveaux seigneurs ?
Les Montgommeri ont connu la fortune sous le duc Robert Le Magnifique qui régna de 1027 à 1035, père de Guillaume le Conquérant. Robert avait eu un début de règne difficile parce que l’héritier du duché était son frère aîné Richard III, mais il n’était pas homme à se laisser arrêter par cet obstacle et il résolut le problème en assassinant son frère.
Cet acte lui valut une certaine opposition des légitimistes normands, mais il trouva par contre un soutien ferme chez les Montgommeri qui ainsi devinrent ses favoris et bénéficièrent largement de sa reconnaissance.
Il leur donna de grandes terres, nombreuses mais très disséminées et par le jeu des mariages, ils devinrent les puissants comtes d’Alençon, d’Exmes, de Ponthieu.
Cependant cette illustre famille devait disparaître rapidement de la scène normande quand mourut, en 1217, Robert III ; suivi 2 ans après par son fils posthume Robert IV, le dernier des Montgommeri.
A ce moment le roi de France Philippe Auguste, qui depuis 1204 avait réintégré la Normandie à son domaine royal, profita de l’occasion pour diminuer la puissance de l’un des plus grands comtés normands et pour renforcer son autorité sur notre province.
En 1220, le roi reprit Alençon et l’Alençonnais. La fin des Montgommeri coïncide d’une façon troublante avec la fin de la Normandie comme duché indépendant.
Que c’est-il donc passé en Normandie pour que le dernier duc Jean en soit chassé par le roi de France ?
Les raisons d’un tel bouleversement sont toujours multiples, mais il y en a une particulièrement importante qui tient à la personnalité du duc Jean, personnage taré, malade et incapable. Les normands sont exaspérés par ses excès et ses absences et c’est pourquoi ils acceptent favorablement l’annexion à la France.
Philippe comprit qu’il fallait respecter l’originalité d’un duché qui avait été autonome pendant 300 ans. II confirma les privilèges des normands (tel le monopole de la navigation commerciale sur la basse Seine), les chartes urbaines et le système administratif fut laissé en place.
Cette politique intelligente ne freina pas l’essor économique de notre région et en 1250, l’archevêque de Rouen écrivait que l’Abbaye de Troarn était la plus riche du diocèse de Bayeux après Saint-Étienne de Caen.
Mais revenons à l’histoire de la baronnie de Troarn.
Elle comprenait : Basseneville, Béneauville, Bures, Démouville, Emiéville, Franqueville, Ranville, Sainte-Honorine, Janville, Lirose, Robehomme, Saint-Pair, Saint-Samson, Sannerville, Touffreville, Vimont.
Ainsi Sannerville, après avoir été dans la dépendance de Bures aux époques mérovingiennes et carolingiennes, tomba dans celle de Troarn, de par le bon vouloir des Montgommeri.
C’est en 1059, dans la charte de fondation de l’abbaye Saint-Martin de Troarn, que l’on trouve la première mention écrite de Sannerville.
La charte est signée de Roger de Montgommeri, avec l’accord du duc Guillaume.
On nous décrit Roger comme un personnage mesuré, sage et juste. Il était ami des abbayes et il en enrichit beaucoup. Outre conseiller de Guillaume le Conquérant, il était aussi son parent : l’arrière-grand-père de Guillaume, le duc Richard Ier, s’était marié à la façon “danoise” (c’est-à-dire sans façon ni formalité) avec Gonnor la danoise, grand-tante de Roger. Roger avait toujours été aux côtés de Guillaume, même aux époques difficiles du début de règne et l’avait accompagné à Hastings en 1066 ; Roger avait vu sa fidélité largement récompensée par l’attribution de grandes possessions en Angleterre et il était devenu l’un des plus puissants barons anglais.
C’est en Angleterre, en 1094, qu’il est mort et enterré.
Comme il était généreux, il dota l’abbaye de Troarn de nombreux biens. Il lui donna tout ce qu’il possédait à Troarn, à Bures et à Lirose ; ainsi que différentes églises et les terres qui dépendaient d’elles : Sainte-Croix et Saint-Gilles de Troarn, Saint-Ouen de Bures, Saint-Sylvain, Touffreville, Saint-Germain de Lirose, Notre-Dame de Janville, de Saint-Pair et de Sannerville.
Ces églises formaient l’exemption de Troarn : elles étaient exemptées des droits épiscopaux de Bayeux, elles avaient une sorte d’autonomie. Cette exemption était certes restreinte mais réelle et jusqu’à la révolution, les religieux troarnais s’efforcèrent d’en maintenir les droits.
La prospérité de l’abbaye était telle que dés 1080, elle acquit des terres à Sannerville et par la suite, tout du moins jusqu’au XIVe siècle, elle a toujours fait en sorte d’accroître ses possessions dans cette paroisse si proche d’elle.
Cela alla si loin qu’en 1329, Nicolas de Folletot fit un procès aux religieux à propos des acquisitions faites par eux dans son fief depuis 40 ans. Les religieux gardèrent leurs acquêts mais ils durent payer des rentes à Nicolas.
Sannerville, Lirose et Folletot étaient des paroisses distinctes, chacune possédant son église et son curé.

Carte de Cassini - fin XVIII
Jusqu’au XVIIIe siécle, le nom de Lirose se prononçait LIOROSE et il semble avoir subi l’influence du mot “lierre”.
Jusqu’à la révolution, son territoire dépendait de l’abbaye de Troarn, il débordait un peu au sud de la route de Caen.
Dans des textes du début du XVIe siècle on trouve la preuve de l’existence à Lirose d’un gros manoir qui appartenait lui aussi à l’abbaye de Troarn.
Comme à Sannerville, cette dernière eut toujours à Lirose beaucoup de terres et de rentes et procéda à une politique d’achat pour étendre son influence. Lirose a toujours été une petite paroisse et au XIVe siècle on recensait seulement 21 ménages.
Les terres étaient divisées en petites exploitations intensément cultivées. A la veille de 1789 on ne comptait plus qu’un ménage et le curé, dont le prédécesseur avait été assassiné par un vagabond dans son presbytère isolé.
De Sannerville dépendait la chapelle de Saint-Rémy de Foltot, le tout appartenant à l’abbaye. Dès 1068, l’abbaye possédait 43 acres de terres à Foltot. Le nom de Foltot est d’origine scandinave. Il existait une rivalité entre le curé de Banneville, dont la paroisse a toujours été indépendante, et la paroisse de Sannerville pour la possession de la chapelle Saint-Rémy.
Le 16 janvier 1116, Guillaume, prêtre de Banneville, et son fils Robert renoncèrent aux droits qu’ils prétendaient avoir sur cette chapelle. Mais cette querelle reprit plus tard entre l’abbaye et les curés de Banneville.
En 1215, à la suite d’un arbitrage, le curé de Banneville Thomas de Courcy abandonna ses prétentions et Foltot fut reconnue “église fille” de celle de Sannerville, c’est-à-dire qu’on y célébrait l’office mais que l’administration des sacrements appartenait au curé de Sannerville.
Il existait un manoir dont les fermages rapportaient encore, en 1596, 116 écus à l’abbaye de Troarn.
Toutes ces constructions ont disparu, mais il est probable que la chapelle et le manoir de Foltot se situaient sur l’emplacement de la ferme de notre regretté ami Monsieur Patris.
(Article paru dans le bulletin municipal N°3 - Avril 1984)
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